622 DE LA DEFENSE
dans cet ordre. Les Espagnols mar-chent les premiers; les Allemands viennent ensuite, et sont suivis desWallons. II les arrange en flies etroi-tes, aßn que les soldats soient plus sürsdu guö, et puissent plus aisement sesecourir. Tous s’encouragent mutuel-lement. Enfin, aprös avoir traversöcette vaste plaine d’eau, aveclaplusgrande constance, ils arrivent heureu-sement ä la digue d’Yersichen, villageBoignö de deux Heues de Tergoes.Mondragonö, aprös avoir laissö la nuitä ses troupes pour se reposer, comp-tait les conduire au secours de la ville& la pointe du jour; mais il ne fut pasnöcessaire d’attaquer les assiegeans. Ala nouvelle du passage des royalistes,ils furent tellement öpouvantes, qu’ilsabandonnerent le siöge, et se hätörentde s’embarquer. On les poursuivit; onattaqua leur arriere-garde, et on latailla en piöces.
Sidge de Harlem par los Espagnols, en 1573.
Le siege de Ilarlem par les Espa-gnols , en 1573 (dit Strada), futmömo-rable par une infinite d’evönemens. Ony renouvela cette ancienne fa^on defaire porter les lettres par des pigeons;car un peu avant que les passagesfussent entierement fermös, les habi-tans de Harlem avaient portö des co-lombiers de la ville quelques pigeonsprives dans l’armee navale du princed’Orange, et dans les villages voisinsqui etaient de leur parti; de sorle quequand il en etait besoin, on lächaitquelques-uns de ces pigeons avec deslettres attachees sous leurs ailes; et,comme ils se souvenaient de leur co-\ombier et de leurs petits, ils retour-naient en möme temps dans Harlem .Le prince d’Orange anima durant lestrois derniers mois, par le moyen de
ces messagers aöriens, les habitans decette ville ä se döfendre et ä soutenirle siöge; mais enßn un de ces pigeons,lass6 de voler, s’etant abattu dans lecamp des Espagnols , fut lirö par unsoidat qui ne savait pas cet artilice, etainsi l’on döcouvrit les lettres et lessecretsqu’il portait; cela fut cause, depuis, que les soldats tiraient indiffö-remment sur tous les pigeons qu’ilsvoyaient voler.
Il y eut aussi une compagnie defemmes de Harlem , qui se rendit illus-tre dans cette guerre. Elles disputaientavec les hommes de l’assiduite au tra-vail pour la fortification de la ville;eiles ötaient animöes par Kennava,femme d’un courage mflle, ägee en-viron de cinquante ans; et, sous laconduite de cette guerriere, ayant eula hardiesse de faire §ur leurs muraillesle devoir et l’exercice de soldats, et deparaitre parmi eux dans les sortiesqu’on faisait sur los Espagnols , elles nedonnferent pas moins de courage ä laville, que d’admiration aux ennemis.
Il n’y eut cependant rien de plusmerveilleux dans ce siege, que la fer-met6 des assitges; car, encore que lesecours eut 6t6 defait jusqu’a trois fois,et que leurs murailles, pereßes de dixmille trois cent soixante coups de Ca-non, les laissassent a döcouvert, n6an-moins ils ne voulurent point entendreles conditions qu’on leur proposa derendre leur ville; et, bien qu’ils fus-sent reduits ä un petit nombre, ils ysuppl^ferent de teile sorte, tant de jourque de nuit, par leur vigilance et parleur assiduitö, qu’on ne pouvait leverla töte hors des tranchöes, qu’ils netirassent aussitöt de plusieurs endroitsde la ville. J’ai oui dire que cela futcause que les soldats espagnols, oupour se moquer des ennemis, ou pourleur faire user leur poudre, faisaient