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Tome cinqième.
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DE LA DEFENSE

prete. dans trois jours, pour l’assautgeneral.

Tout le terroir de Leyde et leseampagnes voisines sont entrecoupesde plusieurs ruisseaux qui y font quan-titd de tours et de ddtours, le Rhin möme passe au travers de la ville, ets’y repand en beaucoup d’endroits, etbien que l’Yssel et la Meuse en soientdloignees, celle-ci prenant son coursvers Rotterdam , et celle-lä vers Ter-gouwe, toutefois eiles s’en approchentpar les ruisseaux et par les canaux quisont tires de part et d’autre; inais depeur que ces rivieres et ces canaux nese repandent dans les eampagnes,quand ils sont enflds des eaux de lamer, etqu’ils ne portent sur la terre lafureur de l’Ocean qu’ils ressentent eneux-mdmes, l’industrie des liommesleur a opposd des digues, et pour ainsidire prescrit des bornes; de sorte qu’a-prös que les Hollandais eurent fait sa-voir leur dessein ä ceux de Leyde ,par le moyen de quelques pigeons, ilsrompirent les digues qu’ils avaient dle-vees par le travail et par les depensesde plusieurs annees, contre les debor-demens de la mer et des rivieres, et ii-rent passer sur les eampagnes l’Yssel ,la Meuse, et möme l’Ocdan, comme unsecours inopine; ainsi ils ensevelirent,parl’inondation de ces eaux, tantleurspropres heritages que tous les villagesvoisins, afin que parceravage, ayantfait a leurs vaisseaux un chemin sur laterre, ils noyassent le camp des assi6-geans, et qu’ils portassent aux assiegös,dont ils etaient eloign6s de quarantemilles, ce qui est ä peine imaginable,et des vivres et des soldats.

Cette nouvelle sorte de mer qu’onvit naltre subitement parmi les arbreset les villages, et cette multitude devaisseaux qu’on voyait sortir de cesforßts eussent pu möme donner du

plaisir aux Espagnols, comme s’ilseussent regarde sur le t’neätre desRomains, ces naumachies qui succe-daient aux forßts et aux batailles fai-tes pour le divertissement, s’ils n’eus-sent connu en mfime temps qu’onvenait les attaquer par un spectacle sinouveau; que tant d’eaux s’etaient as-semblees pour amener ce secourscontre eux, et que par consequent onleur ötait l’espdrance de prendre Ley-de par les munitions que l’on portaitsur ces vaisseaux. On ne saurait direcombien il parut sur cet Ocean nou-veau de vaisseaux eqnipes de soldats etde canons, de tous les ports et de toutesles lies prochaines, pour le secours decette ville, soit parla conspiration detous les peuples, soit par une hainecommune contre la religion catholi-que, que quelques-uns se glorifidrentde temoigner ouvertement, en por-tant ä leurs chapeaux de petites lu-nes, avec ce vers, qui servait d’inscription:

Nous aimons mieui le Turc qne nous n’aitnonsle Pape.

Cette armee n’etait pas moindre quede cent cinquante vaisseaux tous ar-mes en guerre et remplis de toutessortes d’armes, et i! n’y avait pasmoins de douze cents soldats outre lesmatelots. Toutefois les Espagnols neperdirent pas courage; et lorsqu’ilsetaient contraints par les eaux quicroissaient, de quitter quelque fortdont l’assiette ötait trop basse, ilsdefendaient les autres avec une opi-niätrete si courageuse, que pour fairequelque sorte de digue contre laviolence des eaux et des ennemis,n’ayant point de hoyaux ni de pareilsoutils, ils se servaient, pour remuer laterre, de leurs poignards et de leursepees, et la portaient avec leurs cas-ques et leurs cuirasses.