628
DE LA DEFENSE
pela machines infernales. Ils etaientconstruits avec des bois trös dpais etsolidement assembles, au milieu des-quels 6tait pratiquö un foyer de mine,Proportionnd ä leur grandeur. La mineütait formee par une bonne magonne-rie en briques ä chaux et ä sable, et iln’y avait qu’une lumiere pour mettrele feu ä la poudre dont on devait laremplir. Ces funestes vaisseaux 6taientcharges de blocs de pierres, de bouletsde diffdrens calibres, imfin de toutessortes de materiaux d’un grand poids,entasses autant qu’il avait dte possible,afln que l’effet de la mine füt d’autantplus grand que la resistance se trouve-rait plus forte. Giambelli employa plusde liuit mois ä mettre tout en etat. Legrand navire,dontonadejäparld, ne futpas si promptement achevd. C’dtait unvaisseau ä.deux ponts trös dlevds. Ce-lui de dessous dtait armd de plusieurscanons gros et petits ; celui de dessus6tait une grande place d’armes, oü Tondtablit un corps de troupes assez consi-derable, qui, du haut de ce poste, de-vait faire un feu de mousqneterie tresvif. Ce bdtiment dnorme n’avait quedeux grands mäts egaux , places ä cha-cune de ses extrdmites, lesquellesavaient ä peu prös la möme forme.Afin qu’il püt approcher des redoutesconstruites par les royalistes sur lesbords de la riviere, il etait tout-ä-faitplat, et ne s’enfongait pas ä proportionde sa pesanteur, parce qu’il etait portüä flot sur un grand radeau de grossespoutres soutenues par des tormeauxvides.
Teiles etaient les ressources que leshabitans d’Anvers s’etaient mdnageespour rouvrir la navigation de l’Escaut;ils y avaient mis toutes leurs espe-rances. Les confdderes devaient se-iender leurs efforts. Un grand nombrede vaisseaux armes attendaient auprüs
de Lillo l’effet des machines inferna-les , afin d’agir en möme temps; on es-saya de reprendre le fort de Liefken-soech, et l’on en vint ä bout.
Le 4 avril, on vit enfin paraitre surle lit du lleuve ces deux redoutablesmachines nommees l’une, la Fortune,etl’autre, TEsperance, suivies de quel-ques navires plus petits. Ils se lais—saient tous aller au cours de la marde;et n’ayant personne ä bord, ils vo-guaient, pour ainsi dire, abandonndsä eux-mömes, et entraines par le re-flux. Ils flottaient a peine, qu’il s’elevaau-dessus d’eux un tourbillon de feu,qui, aprüs avoir brüle quelques ins-tans, parut aussitöt s’apaiser et s’6-teindre. Les spectateurs en furentetonnds. Tout-ä-coup un des petits bä-timens vint ä dclater, lorsqu’il etaitencore eloigne du pont, et ne produi-sit d’autre effet que de jeter un nuagede fumee tres epais. Tous ceux quiEtaient construits de meme n’operü-rent rien de plus. On n'avait plus äcraindre que les deux grands vnis-seaux qui approchaient insensible-ment. Le premier (c’dtait la Fortune)s’arrüta sur la rive gauche de la riviere,creva avec le plus horrible fracas, etreduisit en poudre la garnison d’uneredoute voisine, et plusieurs soldats quis’etaient dispersds dans les environs.Quelqu’epouvantable qu’en füt Teilet,celui de TEsperance eflraya encore plus,et causa un dommage considerable. Levaisseau avait ete conduit au point dereunion d’une des estacades et desbusques qui formaient le pont. Ce futdans ce lieu qu’il eclata. L’air restalong-temps obscurci. L’affreuse se-cousse que regut la terre s’etendit äplusieurs milles. TEscaut sortit de sonlit, et ses vagues ecumantes franchi-rent les rivages avec impetuosite. Lescorps des tristes victimes qui avaient