DES PLACES FORTES
pöri dans cet embrösement, ne con-serv*ient pas möme la figure humaine.La gröle epaisse de pierres et de toutessortes d’instrumens de mort que langacet efl'royable volcan, tombant de tou-tes parts, un grand nombre d’infortu-Ues furent tues ou blesses, ou maltrai-\es de la maniere la plus cruelle. Ginqlents royalistes perirent; des milliersd’autres furent estropies ou dangereu-sement blesses. La mort du marquis deRoubais mit le comble au deuilde cettefatale journee. Le dommage que lepont avait regu ne fut pas aussi consi-derable qu’on l’avait craint. Mais ledesordre etait si grand, que tout etaitperdu, sans doute, si, dans ce mo-ment, les ennemis avaient attaque cetouvrage. Ils n’eurent aucune connais-sarice du terrible effet de la machineinfernale; et la bonne Contenance desassiegeans leur en imposa, jusqu’ä leurfaire croire que le pont n’avait riensouffcrt.
Les citoyens d’Anvers n’avaient plusd'esperance que dans le grand vaisseau,qu'ils appelaient la fin de la guerre. Onle mit en ceuvre. Ce vaste chäteaus'approcha d’une des redoutes cons-truites sur le bord de la riviere, ducöte du Brabant. Ceux qui le mon-taient commencerent ä faire un feuterrible; ils etaient plus de mille quisoutenaient l’effet du canon par celuide la mousqueterie, e. qui descendi-rent a terre pour attaquer la redoutede plus pres; mais ils echouerent. Lefort brava Ieurs batteries, et ils livre-rentä la garnison des assauts inutiles.Au contraire, leur enorme Mtimentfut si fracasse par 1’artillerie de la re-doute, qu’on eut bien de la peine ä leröparer, et ä le mettre en etat d’ötreemploye de nouveau. Cette secondetentative fut aussi malheureuse que lapremiere, et tous les efiforts qu’on fit
depuis, soit pour empörter les ouvrges, soit pour rompre le pont, furentegalement infructueux. Le plus me-morable des combats qui se livrerentdans ces occasions.. fut celui de la con-tre-digue. Le champ de bataille n’avaitque dix-sept pieds de largeur; les An-versois voulaient l’emporter, a quelqueprix que ce füt. Animes par les exem-ples et les exhortations de Saint- Al-degonde et du comte d’Hohendoe, ilsrepousserent plus d’une fois les roya-listes, etse crurent maitres de l’objctde leurs genereux efforts; mais, acca-bles par le nombre des ennemis plutötque vaincus, ils cederent le triompheet se retirerent sous les murs de leurville, ayant perdu deux mille cinq centshommes et trente navires. Apres cettesanglante victoire, qui lui avait coütöplus de mille soldats, le prince de Par-me enleva aux assiegös tous les postesvoisins qui tenaient pour eux, et lesreduisit ä se renfermer dans leur ville.Le descspoir fut alors ä son comble.Tous les citoyens n’avaient d’autreperspective devant les yeux, que leshorreurs de la famine qui se faisaientdejä cruellement sentir, et l’inevitablenecessitö de ceder au vainqueur. Lepeuple s’attroupa et se souleva ouver-tement contre les chefs, qui voulaienttoujours se defendre. II fallut enfinconsentir ä entrer en negociation ; onenvoya au prince de Parme des depu-tös pour convenir des articles de lareddition. Saint-Aldegonde, qui etaitä leur töte, retarda pendant deux mois.sous differens pretextes, la conclusiondutraite, croyant, par ces dölais adroits,donner aux secours qu’il atlendait letemps d’arriver. Enfin, le 17 aoüt 1585la capitulation fut signee. Le vain-queur fit ensuite son entree dans laplace avec tout l’appareil d’un triom-phe. Monte sur un coursier superbe