Band 
Tome cinqième.
Seite
632
JPEG-Download
 

632 DE LA DEFENSE

on tendit une barre d’une force etd’une longueur extraordinaires: tousces moyens furent inutiles. Enfin leCardinal resolut de faire une digue.Dös qu’il en eut propose le plan, toutle monde se recria contre un projetsi absurde; il n’y eut que Louis Möte-zeau et Jean Tiriot, tous deux archi-tectes frangais qui oserent se char-ger de l’exöcuter; et on les regardacomme des visionnaires. 11 fallait fer-mer un canal qui avait sept cent qua-rante toises de largeur, dans lequella mer se pröcipitait avec violence;et, quand le vent ötait impetueux,eile y roulait des vagues si furieuses,qu’il semblait ridicule de vouloir leuropposer aucun ouvrage humain. Onenfonga dans la mer, depuis la pointede Coreille jusqu’au Fort-Louis, delongues poutres, de douze pieds endouze pieds; d’autres poutres , aussit'ortes, les liaient en travers. On jetadans les intervalles de grosses pierresseches, auxquelles le limon et la vaseservaient de ciment. Gette digue futtellement elevöe, que, dans les plushautes marees, les soldats y ötaient äsec. Son epaisseur etait a l’öpreuve ducanon; eile avait par le bas environdouze toises de largeur, et quatre seu-lement par le haut, de 60 rte qu’elleetait en glacis. On öleva a chaque boutun fort; l’on eut «oin de laisser uneouverture au milieu pour donner pas-sage aux maröes; mais, pour empöcherles vaisseaux ennemis de penetrer parcette ouverture, on en rendit l’entreeimpraricable, en faisant couler ä fondquarante vaisseaux remplis de pierresmagonnöes, et en enfongant quantitede gros pieux dans la mer. Ce grand etmerveilleux ouvrage, qui demanda presde six mois de fatigues, etait defendupar plusieurs batteries de canon, dres-

sees dans la terre ferme, et par deux

cents vaisseaux de toute grandeur,bien armes, qui bordaient le rivageOn connut bientöt tout l’avantage decette digue. La Rochelle , qui jusqu’a-lors avait tirö ses provisions par mer,les consomma en peu de temps, et lesAnglais , qui deux fois s’approcherentpour dölivrer ou ravitailler la place,furent obligös de renoncer äleurs ten-tatives. Enfin, apres un an de blocus,les reformös, reduits, depuis plusieurssemaines, ä ne se nourrir qued’herbeset de coquillages, se voyaient moisson-ner chaque jour par la famine. Döjäce triste fleau avait tue plus de douzemille personnes; des maisons entiöresetaient remplies de cadavres. En jourle maire vit une personne extenuöe parla faim : « Elle n’a plus qu’un soullle» dft vie, lui ditquelqu’un. —En ötes-» vous surpris? repondit-il; il faudra» bien que nous en venions la, vous et» moi, si nous ne sommes plus secou-»rus....— Mais, ajoute un aulre,la» faim empörte tous les jours tant de» monde, que bientöt nous n’aurons» plus d’habitans. — Eh bien, reprit-» il, il sulFit qu’il en reste un pourfer-» mer les portes. »

Tel ötait l’opiniätre courage du chefdes habitans de La Rochelle ; et sessoldats, ä peine en etat de soutenirleurs mousquets, songeaient ä mourirplutöt que de se rendre. Il ne leur res-tait plus qu’un Souffle de vie, lorsque,le 28 octobre 1628, ils demanderent äcapituler. Les articles portaient que leroi pardonnait aux Rochellois, les rö-tablissait dans leurs biens, et leur ac-cordait l’exercice libre de leur religion;que les capitaines et gentilshommessortiraient de la ville l’epöe au cöte, etles soldats un bäton blanc ä la main ,apres qu’ils auraient jure de ne jamaisporter les armes contre le Service duroj, Les troupes prirent, ]e 30, posse*^