22 PALAIS, CHATEAUX, HOTELS ET MAISONS
lui dire par qui ces vieux murs avaient été construits et habités. Ici, notre tache com-mençait à devenir sérieusement difficile. Personne ne pouvait, parmi nos connaissancesdijonnaises, nous indiquer la source des documents nécessaires à l’histoire du vieilhôtel, et nos recherches à la bibliothèque, aux archives du chef-lieu de la Côte-d’Or ,étaient demeurées infructueuses. Une date gravée sur la cheminée de la salle des Gardes,un taureau, armes parlantes des Bouhier, nous avaient seulement appris que l’hôtel enquestion avait été construit par un membre de cette famille. Avec d’aussi faibles res-sources, il devenait bien difficile de satisfaire à la juste exigence de nos lecteurs. Endésespoir de cause, nous eûmes enfin l’heureuse idée de nous adresser au possesseur'même de l’hôtel, ou plutôt à M. le comte Melchior de Vogüé , son neveu, duquel nousavions l’honneur d’être déjà connu. M. de Vogüé n’habite pas Dijon ; il voulut biencependant, avec une obligeance dont nous lui savons un gré infini, se charger de fairelui-même des recherches sur l’origine du vieil hôtel bourguignon. Plus heureux que nousdans ses perquisitions, il a pu nous donner une remarquable notice historique sur l’il-lustre famille des Bouhier, suivie d’une sérieuse appréciation architectonique de l’édificequi nous occupe. M. le comte de Vogüé ne nous saura pas mauvais gré, nous l’espérons,d’imprimer la gracieuse lettre qu’il veut bien nous adresser. Le lecteur y retrouvera lestyle brillant et correct du savant auteur des Eglises de la Terre-Sainte ,
Monsieur,
» Vous m’avez demandé des renseignements sur l’origine de l’hôtel qui porte notrenom à Dijon : je m’empresse de vous transmettre les documents que j’ai pu recueillir, etje le fais avec d’autant plus de plaisir que l’histoire de cette habitation se rattache à celled’une des familles les plus justement célèbres de la Bourgogne , la famille des Bouhier.
» L’hôtel de Vogüé fut bâti dans les premières années du xvn° siècle par EsticnneBouhier, conseiller au parlement de Bourgogne de 1607 à 1636, homme d’un grandcaractère et d’une mâle vertu, dont Palliot a recueilli l’éloge public, écrit en termestrès remarquables : grand ami des arts, il fut célèbre non-seulement par son goût éclairépour les choses de l’esprit, mais par son dévouement dans la peste de 1626, par lesmissions qu’il remplit au nom de sa compagnie et par son inépuisable charité. On lit, surle piédestal des colonnes et sur la clef des arcs du portique intérieur son monogramme,composé des lettres B, M, G, initiales de Bouhier, Massol et Giroud, noms d’Estienue etde ses deux femmes (1). La présence de ce chiffre ne nous permet pas d’hésiter sur lenom du véritable fondateur; elle s’accorde avec la date 1614, gravée sur la grandecheminée de la salle des Gardes, sous l’écusson des Bouhier, d’azur au taureau d’or,armes parlantes que l’on retrouve encore sur une des lucarnes de la cour.
» À la passion des livres, que trois générations de conseillers bibliophiles lui avaienttransmise, Esticnne joignait celle des arts du dessin; il parcourut l’Italie pour y étudier
(1) La seconde se nommait Madeleine Giroud, et il ae peut que la leUrc M se rapporte à elle ainsi que le G.