DU QUINZIÈME AU DlX-HUITiÈME SIÈCLE. 23
les chefs-d’œuvre de la Renaissance, et «y acquit, écrit le président Bouiiier (1) ? un» goût exquis pour l'architecture : on en peut juger par le grand hôpital de Dijon ,» lequel fut bâti en 1639 sur ses dessins, que j'ai vus tracés de sa propre main ». Je n'ai pudécouvrir s'il avait dirigé lui-même la construction de sa maison, mais je suis porté â lecroire, et certainement cet hôtel seul, sans le témoignage de son arrière-petit-fils, auraitsuffi pour établir sa réputation comme architecte. Je pense qu'il se mit à l’œuvre avantson voyage d’Italie ; car, excepté le portique qui est de conception italienne, la maison estbien française par le style, je dirai même bourguignonne : elle appartient à cette fécondeécole locale, qui, à la fin du xvi c et au commencement du xvn e siècle, couvrit de construc-tions le sol de la province et les meubla de ces innombrables bahuts, cabinets, fauteuilsde bois.sculpté, si recherchés aujourd’hui par les collectionneurs. Quelque grossièretédans l’exécution, plus d’abondance que de finesse dans les détails, un certain mépris desrègles dans l’arrangement des parties, mais une ampleur et une variété incomparables, uneremarquable adresse dans les ajustements, une grande hardiesse dans le choix des motifset le système de décoration, comme un souvenir pittoresque du moyen âge a travers lesformes de la Renaissance ; tous ces caractères, qui signalent les œuvres de cette école,se retrouvent dans l'hôtel d’Estienne Bouhier. Mais je vous laisse le soin de les faireressortir et d'apprécier au point de vue de l’art un monument que vous avez étudié, lecrayon à la main, jusque dans ses moindres détails : je reviens à son histoire.
» Estienne mourut en 1635, laissant deux fils, tous deux du nom de Jean. L’aîné(1605-1671), savant magistrat, bibliophile, antiquaire, naturaliste distingué, fut ledigne aïeul du célèbre président Bouhier (1673-1746), membre de l’Académie française .Le second, moins connu, hérita de l'hôtel de la rue de la Chouette et de la moitié de labibliothèque paternelle : il laissa le tout à son fils Jean, seigneur de Yersalieu, présidentà mortier du parlement de Dijon (1655-1735). Celui-ci, fidèle aux traditions de sa famille,s’occupa de littérature autant que de jurisprudence, et publia plusieurs ouvrages estimés;non moins ami des arts, il fit décorer, dans le style de son temps (fin de Louis XIV ), lesappartements du rez-de-chaussée, et sculpter entre autres la belle cheminée du Gani-mède, qui porte son chiffre, un J et un B entrelacés, gravés sur le pied des deux flam-beaux qui encadrent la composition. Il augmenta la bibliothèque qu’il avait reçue parhéritage, et qu’il ne faut pas confondre avec celle du grand président Bouhier; cettedernière, œuvre de sept générations, vendue par les héritiers de l’académicien à l’abbayede Clairvaux, fut transférée à Troyes pendant la Révolution et se trouve aujourd’huipartagée entre divers dépôts publics. Celle de M. de Versalieu, au contraire, est encoreintacte dans le long bâtiment qui fut disposé pour elle en retour sur le jardin de l’hôtelde Dijon . Vous l’avez vue à sa place primitive, et vous avez sans doute admiré la belleordonnance de cette salle, véritable sanctuaire du travail, où tout invite à l’étude dupassé, depuis les rangs pressés des in-folio poudreux jusqu'aux larges fauteuils de