DU QUINZIÈME AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE.
seraient dns au conseiller Estienne Bonhier lui-même. M. de Vogüé en paraît assez con-vaincu : et, de notre côté, nous devons avouer que nous partageons volontiers son opinionà cet égard. En effet, si Ton examine attentivement cette belle œuvre d’architecture, onest particulièrement frappé de la grande variété existant dans tous ses détails. Ainsi, etc’est chose facile à constater, les portes, les fenêtres, les lucarnes de l’hôtel, toutes lesouvertures enfin sont variées à l’infini, et pourraient offrir, en quelque sorte, un spécimende motifs dus à l’imagination de l’ordonnateur de cette construction, heureux, semblerait-il, d’avoir pu appliquer ici ses divers projets, ses études successives. Il est bien certainqu’un architecte de profession eût hésité plus d’une fois avant de se lancer dans cetteinépuisable et riche variété, très-bien entendue du reste, mais à laquelle le xvn° sièclen’était certainement guère habitué. Ne pourrait-on pas conclure de ce fait étrangeque le premier possesseur de l’hôtel, son ordonnateur, en ait aussi été l’architecte?11 n’y aurait rien d’impossible à cela, croyons-nous. De plus, et cette raison a bien savaleur, s’il demeure avéré que le conseiller Bonhier, homme remarquable à plus d’untitre, amateur passionné des beaux-arts, construisit ou donna les dessins de l’hôpital deDijon , ne peut-on admettre aussi qu’il ait pu tracer les plans de sa propre maison? Pournous, et jusqu’à preuve du contraire, il demeure acquis que l’hôtel de la rue Notre-Dameest bien l’œuvre de ce savant magistrat, et doit devenir, pour ce motif, d’autant plusprécieux à notre génération artistique.
L’architecture de l’hôtel de Vogüé n’est pas parfaite, il faut bien en convenir; où trou-ver d’ailleurs, et surtout dans cet art, la perfection absolue?Ce n’est donc pas un modèleirréprochable que nous avons la prétention d’offrir; et, lorsqu’on examinera l’ensemblede cet édifice, nous sommes assuré que l’on regrettera, par exemple, de ne trouver aucunlien entre les diverses parties ornées, de ne voir aucune harmonie entre les repos et lesmotifs décorés. La porte principale, entre autres choses, quelque originale qu’elle soit,fait un peu tache, il nous semble, par son extrême richesse, sur les murs extérieurs du por-tique veufs de toute moulure, de toute ornementation. Les fenêtres ne sont guère, non plus,que des trous heureusement agencés, richement décorés; mais en réalité des trous, sansaucun lien entre eux. Cependant, si de l’ensemble de l’hôtel on passe isolément à chacunde ses détails, on parvient bien vite à oublier tout reproche, à laisser là toute critique,pour admirer, presque sans réserve, la richesse, l’originalité, la verve, la variété iné-puisables de ceux-ci. Ce sont, en effet, les détails que l'on doit étudier de préférence, etpeut-être exclusivement, dans cette vieille demeure, type complet de l’architecture bour-guignonne au xvii e siècle et, après tout, la plus convenable des nombreuses constructionsde ce genre existant encore à Dijon . Quant au somptueux portique d’entrée dont la façadesur la cour est formée de trois belles arcades, il défie peut-être toute critique, tant il estparfait dans son ensemble et dans ses détails. Cet édicule est en effet vraiment remar-quable, et si l’on osait jamais lui adresser un reproche, ce serait celui d’avoir été décoréavec trop de somptuosité, trop de profusion ; de ne laisser à l’œil du spectateur aucunrepos dans sa masse chargée de sculptures merveilleuses. Pour notre compte, nous avons
été fort impressionné devant cette œuvre féerique d’une si belle ordonnance, d’une com-
7