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mont Elisabeth de Hautcville. Mais ce qui est vraiment curieux, c’est que, présentéeà la cour, on la nommait tour à tour madame la Cardinale , ou bien madame la comtessede Beauvais, parce que le titre du comte de Beauvais était dévolu au titulaire du siègede cet évéclié. Singularité non moins grande à noter, le cardinal de Châtillon assistaavec sa femme, vêtu en cardinal, aux fêtes et cérémonies qui eurent lieu lorsque lamajorité de Charles IX fut déclarée.
» L’intimité dans laquelle vécurent les trois frères les a rendus inséparables dansl’histoire ; il y a entre eux communauté de pensées et de desseins ; ils partagèrent lesmêmes périls, on les vit constamment ensemble. Le témoignage de cette solidarité estencore dans la participation du cardinal aux constructions que d’Andelot lit exécuterà Tanlay, en l’aidant de sommes considérables qu’il préleva sur ses énormes revenus, dusaux bénéfices dont il avait été pourvu. Cette circonstance lie son nom au manoir dontnous retraçons l’histoire.
» La proximité de Noyers, qui appartint au prince de Coudé , lit que Tanlay fut sou-vent le lieu où les chefs protestants tinrent conseil. Ce fait de leurs réunions fréquentess’est invariablement transmis dans la mémoire des générations successives ; et il a mêmedonné lieu à la croyance populaire qu’une voie souterraine, conduisant de Noyers aTanlay, permettait aux chefs de se voir, afin de se concerter plus librement. Cette tradi-tion est toutefois sans fondement, et le souterrain n’a jamais existé que dans l’imagina-tion des habitants des localités voisines. »
Tanlay, on le voit, est fortement empreint des souvenirs qu’ont laissés dans le paysles trois Coligny , On nous a fait voir sur les coteaux environnants la vigne où secachèrent, si l’on en croit la tradition, d’Andelot et l’amiral, déguisés en paysans. Ilsvenaient d’être avertis de l’ordre donné par Catherine de Médicis au maréchal deSaulx Tavanues de les enlever, eux et le prince de Condé, qui se trouvait près de là,dans son château de Noyers. Dès le lendemain, l’amiral et son frère quittèrent Tanlaypour rejoindre le prince de Condé, qui se dirigeait vers la Loire, suivi de quelquesgentilshommes. La guerre était déclarée. Ce n’est pas le cas de retracer ici les diversépisodes de cette guerre sanglante où périrent successivement d’Audelot, le possesseurde Tanlay, et son illustre frère l’amiral : il suffira de dire que le premier mourut devantSaintes , en mai 1569. Sa fin fut attribuée au poison. L’amiral 11 e revint, paraît—il,qu’une seule fois à Tanlay après la mort de son frère : les événements de la guerreremplirent pour lui l’année 1570. 11 devint l’âme de son parti, le chef de l’armée pro-testante. Blessé gravement à Montcontour, il fallut l’emporter du champ de bataille.Enfin, le massacre de la Saint-Barthélemi, chacun le sait, acheva l’œuvre commencéepar Maurevel. Coligny cessa de vivre, mais la rage de ses ennemis ne s’arrêta pasmême devant son cadavre. « Ainsi, dit encore M. Chailloux des Barres, qui retraceavec un véritable talent d’historien toutes les diverses phases de cette guerre cruelle;ainsi les trois frères, dont l’amitié fut toujours inaltérable, les hôtes de Tanlay, sonttour à tour tombés sous le poignard, l’arquebuse ou le poison de Catherine de Médicis et de son digne fils, ce tigre mélancolique. Les murs bâtis par d’Audelot cessèrent