38 PALAIS, CHATEAUX, HÔTELS ET MAISONS.
dans sa Muse historique, où il se complaît à décrire « ce somptueux gala ». Cependant,le président René de Longueil se faisait vieux : mais il appartenait à une famille oùune longévité avancée n’était pas rare, et il portait vaillamment la soixantaine. Il étaitveuf depuis longtemps lorsqu’il éprouva quelque velléité de se remarier. Toutefois,pour diverses raisons qu’il serait superflu de relater ici, il en resta au projet. René de Longueil mourut donc sans se remarier en 1677, à l’âge de quatre-vingts ans passés,laissant, comme on peut le voir, une réputation fort discutable.
III.
Après avoir donné ces détails sur le fondateur du château, il nous faut franchir deuxgénérations, afin de rencontrer un homme qui, par son caractère et ses actes, ait droit defixer notre attention. Nous résumerons en quelques mots ce que l'histoire nous apprendsur les deux personnages intermédiaires : ils vécurent, et, dans leur passage à travers lavie, ils ne furent pas précisément des modèles de conscience politique.
Avec Claude de Longueil , arrière-petit-fils de René, commence une période degrandeur et d’éclat pour la seigneurie de Maisons, éclat et grandeur marqués au plushaut point au cachet du xviii® siècle, et où apparaissent également ses bons et sesmauvais côtés, en philosophie, en politique, en littérature. Claude et sa femme étaientimbus de cette impiété qui, sous le règne de Louis XIV , eut un asile dans le parlementet dans un certain groupe de courtisans et d’écrivains. Ils professaient hautementl’irréligion. Aussi, lorsqu’il s’agit de l’éducation de leur petit-fils, « ils mirent tous leurssoins à chercher un homme d’esprit et de mise qui joignît la connaissance du mondeà une belle littérature, qui n’eût aucune religion, et qui par principe élevât leur filsà n’en point avoir » (1).
Nous avons parlé du côté politique. Pour le seigneur Claude, il apparaît par un traitsingulier, et ce trait a mérité à son auteur de figurer dans les Mémoires de Saint-Simon ;il a fourni à ce grand peintre l’occasion d’un de ces portraits, à la fois vigoureux et fins,où se révèle la personnalité tout entière. Le président avait conçu un projet qui n’allaità rien moins qu’à soustraire le testament de Louis XIV , dans la crainte qu’il fût contraireau duc d’Orléans.
En rencontrant ce fait sous le courant de sa plume, Saint-Simon nous dit : « Maisons,président à mortier, et sa femme, sœur aînée de la maréchale de Villars, furent deuxpersonnages dont il est temps de parler. Maisons était un grand homme de fort bellereprésentation, de beaucoup d’esprit, de sens, de vue et d’ambition ; mais de sciencedans son métier fort superficielle, fort riche, la parole fort à la main, l’air du grandmonde, rien du petit-maître ni de la fatuité des gens de robe, nulle impertinence duprésident à mortier. Je pense que l’exemple de M. de Mesme lui avait fort servi à éviterces ridicules dont l’autre s’était chamarré. Loin, comme lui, de se faire le singe dugrand seigneur, l’homme de la cour et du grand monde, il se contentait de vivre avec la
il) Le château de Maisons, son histoire et celle des principaux personnages qui l’ont possédé, par Henri Nicolle.