DU XV e AU XVIII e SIÈCLE.
4 (
y.
La. construction du château était un projet caressé depuis longtemps par René deLongueil , et en vue duquel il achetait sans bruit, dit la chronique, les petites propriétésenclavées dans son domaine. Il ne voulait pas être gêné, et il avait raison, dans laperspective qu’il rêvait. « Le président, un matin, vint avec son architecte à Maisons.L’œuvre allait commencer, le moment était solennel. L’un devant l’autre et tous deuxsilencieux, ils montèrent des bords de la Seine jusqu’au sommet de la butte cpii ladomine. L’artiste, à chaque pas, faisait une pause, projetait son œil de tous côtés, puis,après avoir branlé la tête, continuait sans mot dire. Lorsqu’il s’arrêtait, le présidents’arrêtait, suivait la direction de son regard, et, branlant aussi la tête lorsqu’il laremuait, partait du même pied quand l’architecte avançait d’un pas. Au haut de lacolline, Man sari ouvrit enfin la bouche : « Ce sera là », dit-il.
» Nul endroit, en effet, ne pouvait être mieux choisi pour élever son œuvre, sonfutur chef-d’œuvre. La Seine , à ses pieds, sert de bordure à la plaine qui s’étend descoteaux lointains d’Herblay au mont Yalérien, et montre Paris dans ses fonds bleuâtres ;Paris qui, paresseusement, au matin, sort de ses voiles de brume, paraît blanc delumière à midi, et, le soir, au soleil couchant, embrase toutes les flèches et tous lesdômes qui sont les fleurons de la couronne murale de cette reine du monde. Sur ladroite, depuis ce même mont Yalérien, qui alors portait sa croix du Calvaire, sepoursuivent en demi-cercle les coteaux boisés de Bougival et de Marly, dont l’aqueduc,qui désaltère les Naïades de Versailles , profile sur le ciel ses arcades superposées. Puis,voici Saint-Germain et sa terrasse, qui, pour un peu, si elle n’avait craint d’écraserdeux petits villages blottis dans l’échancrure de la forêt, relierait la grande ligne deverdure à Maisons. — Sur la gauche, la rivière, dont les méandres se jouent dans desîles verdoyantes, va disparaître au détour de la colline arrondie en croupe et bosseléepar des frondaisons ; — courte, mais gracieuse perspective où l’œil suit les bateaux etles voit tour à tour poindre ou disparaître. C’est de ce côté, les soirs, que la voix desmariniers monte jusqu’à vous, avec le bruit du fouet et le hennissement des chevaux dehalage. Quand le lourd chaland apparaît, une fumée s’élève au-dessus de son pont :c’est le repas du soir qui s’apprête; puis, une lumière, par une petite fenêtre, commeun point rouge, scintille à la coque du navire. La nuit tombe ; la lune à l’horizon monteau milieu des étoiles, sa lueur incertaine découpe au loin de vagues silhouettes ; laparoisse de Sartrouville, de l’autre côté de la Seine , envoie le salut de ses clochesà l’église de Maisons, qui lui répond. Le feu du bateau s’éteint, et tôt après s’éteignentceux du village. La journée est finie, tout bruit cesse ; le coq ne chantera plus qu’àminuit.
» C’est donc à dire que tout se trouve en ce bel endroit, la grandeur ou la pompeavec la grâce et, pour ainsi parler, l’intimité de la nature, et que Mansart l’avait bienchoisi. C’était un palais en même temps qu’une maison des champs qu’il fallait à ce