90 PALAIS, CHATEAUX, HOTELS ET MAISONS.
Après ces beaux souvenirs du grand évêque, souvenirs empreints de la magnificenceet de la majesté du grand siècle, il nous faut mentionner les détails que l’on possèdesur les dernières années du château neuf. En 1776 il fut donné au comte d’Artois,depuis Charles X , par le roi Louis XY1. Ce prince se proposait de le faire rebâtir sur unplan nouveau. Depuis longtemps différentes parties s’écroulaient ; les maçons firent lereste. Mais quand la démolition fut à peu près terminée, arriva la terrible époque où desdémolitions bien plus graves furent entreprises et conduites à bien par l’esprit moderne ;celles-là, il est vrai, pour déblayer un terrain où s’élevèrent immédiatement des con-structions nouvelles. La révolution française éclata et chassa hors de France le possesseurdu château neuf. Le palais de Henri IV resta donc à l’état de ruine, ou plutôt il pritrang parmi les choses disparues. A présent on voit seulement des parties de terrassesavec leurs murs de soutènement au-dessus du Pecq et de l’ancienne route montant duchemin de fer, le pavillon dit de Henri IV placé à l’angle de la grande terrasse (I), etquelques autres fragments peu importants disséminés dans des propriétés particulières.Le dernier coup porté à ces débris vint du projet exécuté en 1836, de faire passerà travers leur emplacement, la nouvelle route qui conduit de Paris à Chaton.
VI.
Voilà donc épuisé ce que nous avions à dire sur le château neuf de Saint-Germain.Revenons à présent au vieux château de François I er , dont l’histoire à peu près nulle entreles commencements du règne de Henri IV et ceux du règne de Louis XIV , à partirde 1660, reprend tout à coup son importance pour la conserver de viscissitude enviscissitude jusqu’au moment où nous écrivons.
Pour la commodité de la mémoire, on peut diviser en trois périodes le temps assezlong dont nous avons à parler : d’abord le moment où le château de Saint-Germain sert de résidence à Louis XIV , puis celui où le roi d’Angleterre y .tient sa modeste cour,et enfin les armées qui ont suivi 1789.
Parlons d’abord de Louis XIV . Il eut et perdit à Saint-Germain plusieurs enfants :Marie-Thérèse de France, née le 3 janvier 1661, morte le 1 er mars 1672 ; Philippe deFrance, duc d’Anjou, né le 5 août 1668, mort le 10 juillet 1671 ; Louis-François deFrance, né le 14 juin 1672, mort le 14 novembre de la même année. Deux enfantsnaturels qui vécurent plus longtemps, furent donnés au roi, à moins de trois annéesd’intervalle, l’un par M lle delà Vallière, l’autre par M me de Montespan.
« La première (dit M. Émile de Labédollière à qui nous empruntons tous ces détails)pour faire taire la médisance, éviter le scandale et cacher ses amours en les faisant sup-poser impossibles, avait demandé et obtenu dans le vieux château une chambre que la
(L Ce pavillon de Henri IV , est aujourd’hui, singulière destinée, habité par un restaurateur. L’architecture en est simplemais d’un beau caractère, et la brique y joue un rôle important. On peut voir encore dans l’intérieur une des grottesdécrites plus haut par André Duchesne . Elle n’est pas, ou sans doute, des mieux conservées, mais elle l’est assez cepen-dant pour étonner encore par son étrange richesse, par sa grande singularité. De tous ces ouvrages en rocailles fort à lamode à cette époque, la grotte de Saint-Germain pouvait passer pour le plus complet et le mieux réussi (voyez Palais clchâteaux de France , la grotte de Wideville et celle du château de Maison-sur-Seîne).