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Tome quatrième.
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522 EXPÉRIENCES SUR LA LONGUEUR

ne saurait donner le nom de science à l’inutile amas de spéculationshypothétiques qui composait avant eux la Philosophie naturelle. Onavait voulu jusqu’alors deviner plutôt qu’étudier la nature : l’art del’interroger et de lui faire révéler ses mystères, n’était pas connu;ils le découvrirent. Ils montrèrent que l’esprit humain est trop faibleet trop incertain pour s’avancer seul dans ce dédale de vérités ; qu’ila besoin de s’arrêter sur des phénomènes rapprochés les uns des autres,comme l’enfant se repose sur les appuis qu’il rencontre, lorsqu’il essaieses premiers pas; et que, dans les circonstances multipliées ou la naturelui offre à franchir de trop grands intervalles, il faut que, par desexpériences industrieusement imaginées, il fasse naître sur sa routede nouveaux phénomènes qui assurent sa marche, et l’empêchent des’égarer. Telle a été la fécondité de cette méthode, qu’en moins dedeux siècles, des découvertes sans nombre, des découvertes certaines ,durables, ont éclaté dans toutes les parties des sciences, se sont com-muniquées rapidement aux arts, à l’industrie qu’elles ont enrichied’applications merveilleuses, et ont accru le trésor des connaissanceshumaines mille fois au-delà de ce qu’avait fait toute l’antiquité. Mais ,ainsi étendues, les sciences excèdent les facultés d’un seul homme. Leursphère immense ne peut plus être embrassée que par un grand corpslittéraire qui, dans son ensemble, comme dans un vaste sensorium ,réunisse toutes les conceptions, toutes les vues, toutes les pensées;qui ne connaissant ni les infirmités humaines, ni la décadence dessens et de la vieillesse, toujours jeune, toujours actif, scrute inces-samment les propriétés intimes des choses naturelles , découvre lesforces qui y sont cachées, et les offre enfin à la société tout élaboréeset préparées pour les applications. Dans ce centre, où toutes les opi-nions s’agitent et se combattent, nulle autorité ne peut prévaloir, sice n’est celle de la raison et de la nature. La voix d’un Platon mêmene saurait plus y faire écouter les rêves brillans de son imagination ;et le génie d’un Descartes , contraint de rester fidèle à la méthoded’observation et de doute qu’il avait lui-même créée, n’y produirait quedes vérités sans mélange d’erreurs. Mais Platon et Descartes , avec touteleur gloire, ne seraient encore que des élémens passagers de ce grandorgane des sciences. Sa force survivrait à leur génie, et poursuivraitdans l’avenir le développement de leurs pensées. Telle est aujourd’huila noble destination des sociétés savantes. La simultanéité et la durée