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Monumens érigés en France à la gloire de Louis XV / Pierre Patte
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-6 'T A B L EAU D U PROGRES

sait plus dhonneur que cette invention. Avant ce temps, on pouvoit dite,avec raison, de larchitecture , que ce nétoit que le masque embelli dunde nos plus importans besoins : on donnoit tout à i'extérieur Sc à la magni-ficence. A Pexemple des bâtimens antiques Sc de ceux d'Italie que lonprenoit pour modèles, les intérieurs étoient vastes Sc fans aucune commodité.Côtoient des salions à double étage, de spacieuses salies de compagnie , dessalies de festin immenses, des galleriès à perte de vue, des escaliers dunegrandeur extraordinaire ; toutes ces pièces étoient placées fans dégagementau bout les unes des autres : on étoit logé uniquement pour représenter,Sc lon ìgnoroit lart de se loger commodément Sc pour foi. Toutes cesdistributions agréables que l'on admire aujourdhui dans nos hôtels modernes,qui dégagent les appartemens avec tant dart; ces escaliers dérobés, toutesces commodités recherchées qui rendent le service des domestiques si aisé,Sc qui font de nos demeures des séjours délicieux Sc enchantés, nont étéinventés que de nos jours : ce fut au palais de Bourbon en 1722 , quonen sit le premier essai, qui a été imité depuis en tant de manières.

Ce changement dans nos intérieurs fit aussi substituer à la gravité desornemens dont on les surchargeait, toutes fortes de décorations de menui-serie , légères, pleines de goût, variées de mille façons diverses : on sitdans les garde-robes ces lieux à soupape, auxquels on a donné impropre-ment le nom de lieux à lAngloise : òn supprima les solives apparentes desplanchers, Sc on les revêtit de ces plafonds qui donnent tant de grâce auxappartemens f Sc que lon décore de frises A de toutes fortes d'ornemensagréables : au-lieu de ces tableaux, Ou de ces énormes bas-reliefs, que lonplaçoit íùr les cheminées, ón les a décorées de glaces, qui, par leurs répé-titions avec celles qu on leur oppose, forment des tableaux mouvans quigrandissent Sc animent les appartemens, Sc leur donnent un air de gaieté Scde magnificence quiís navoient pas. On a obligation à feu M. de Cotte decette nouveauté (a).

Les étrangers font dans la plus grande admiration , en voyant nos hôtelsmodernes distribués avec tant dintelligence, décorés avec tant dagrémens,Sc meublés avec tant de goût Sc d élégance ( b ) : toutes ces inventions heu-reuses valurent la réputation la plus brillante à f architecture Françoise. Laplupart des Souverains, pour en profiter, se font empressés dattirer dans

(a) On a Vu jusquà des cheminées, dont lesfoyers se mouvant sur un pivot, pouvoient alterna-tivement échauffer deux chambres adossées ; deforte quà volonté , & dans un clin doeil , on

' fait passer le feu tout allumé dune cheminée danslautre.

(b) Le Pavillon du Roi à Croix-Fontaine,celui de M. de la Boiílière à la Barrière - Blan-che du fauxbourg Saint Honoré, les Hôtels de 3a

Guiche & deBeuvrçn , par M. le Carpentier; lesnouveaux appartemens du Palais Royal, & la mai-son dite de Saucour , appartenante à M. le Princede Soubife, derrière la Magdeleine de la Ville*ÍEvêque, par M. Contant, font entre autres desmodèles de distributions & de décorations inté-rieures , auffi bien que la maison de M. de Janvry ;rue de Varennes, du dessein de M. Cartaud