des arts et des sciences. 15
La propriété que í’eísence de thérébentine a de diíîoudre la cire, de maniéréqu elle pourroit être employée au lieu d’huiíe , pour délayer les couleurs ,donna occasion de tenter, il y a une douzaine d’années, de retrouver lapeinture à l’encaustique des anciens, qui étoit une eípèce de peinture en cireque Ton paíToit au feu , Sc dont Pline parle dans ses ouvrages. M. le comtede Caylus, & M. Bachelier peintre du Roi, firent à ce íùjet, séparément,diverses tentatives. Mais il paroît que la gloire d’avoir plus heureusementrencontré, est due à M. Bachelier. Ce peintre fit différens tableaux opéréspar inustion ( comme le dit cet auteur ancien ), entre autres un cheval degrandeur naturelle, qui fut admiré, Sc qui fit voir que ce genre de peinturén’est pas moins agréable que celui à l’huile.
On a fait, fous ce r'gne, deux découvertes importantes pour conserverles tableaux : la première est celle de M. Picaut, qui a trouvé le moyende donner un nouvel être aux tableaux usés de nos grands maîtres, en lestransportant sor une nouvelle toile, fans rien leur ôter de leur coloris. C’estce même artiste qui a trouvé le secret de transporter sur une toile les tableauxà fresque de deíïùs les murailles, aussi bien que les peintures fur bois, fansles altérer en aucune manière (á).
La seconde est celle de M. Loriot , qui a imaginé de fixer la peintureau pastel, sens lui ôter ni la fleur, rti la fraîcheur des couleurs ; ce qu i donneà ces fortes d’ouvrages la solidité de ceux qui font peints à 1 huile, les metà l’abri de l’humidité qui les détruisent, Sc perpétue la durée des ouvragesen ce genre, qui sont dignes de passer à la postérité. L’académìe de peinturea accordé à ce secret les certificats les plus authentiques. (L).
(a) On prétend que, pour changer de toile untableau , toute l’opération consiste à appliquer furfa peinture une toile collée, pour entretenir solide-ment toutes ses parties : on îe renverse ensuite surune table où. on l’arrête. Par derrière ce tableau ,on verse , sur toute sa surface, de l’eau-secondequi mange la vieille toile Sc la sépare de la pein-ture. Après cela, oh substitue , à la toile usée quel’on a enlevée, une toile neuve qu’on appliquesur le corps de peinture avec de la colle-forte ordi-naire. Lorsqu’elle est suffisamment sèche, on re-tourne le tableau entre les deux toiles; on imbibela première que l'on a placée fur la face de lapeinture : auflìtôt quelle est détachée , on lavetout doucement le dessus du tableau pour en fairedisparoître les marques de la colle , & l’opérationest faite.
(b) Lorsqu’on veut fixer le pastel, il faut pren-dre une certaine quantité d’alun bien broyé ; lefaire dissoudre dans deux verres d’eau communetrès-claire ; y jetter ensuite pour quatre ou cinqsols de colle de poisson coupée fort menue,que l’on laisse tremper pendant vingt - quatre
heures : alors on retire l’alun, & on fait bouillirce mélange d’eau & de colle, imprégnée d’alun ,fur un réchaud , pour obliger la colle à se fondreentièrement. La liqueur étant encore bien chaude,on la passe à travers un linge blanc, & on la versedans une grande bouteille de verre, où l’on a misauparavant trois chopines de bonne eau - de - vienon colorée , mais au contraire bien pure & bienclaire : enfin, l’on y ajoute un bon verre d’es-prit de vin. On finit par verser le kout dansun bassin plus grand que le tableau ; on y plongeun moment la superficie de sa peinture, que l’ontient bien horisontalement, afin qu elle touche lâliqueur au même instant dans toutes ses parties,en prenant bien garde qu elle n approche le fonddu vase. Le tableau retire , toujours bien horison-talement , on le laisse egouter & sécher dans cetteposition, en I e suspendant par ses extrémités. Rienn’étant dérange , à L’aide de ces précautions, lepastel acquiert toute la solidité possible ; il n’aplus à craindre l’humidité ; il a un lustre qui luitient lieu de glace , dont cm peut se passer sansaucun risque, ( Journal économique , nov. 1763.)