74 DES HONNEURS ACCORDÉSger, après une victoire, un trophée fur le champ de bataille : c’étoit unamas d’armes ou de dépouilles des ennemis, dont on faifoit une espèce dejpyramide. Ce trophée étoit toujours offert à quelques divinités ; c’est pour-quoi il étoit regardé comme une choie sacrée ; persenne n’ofoit le renverser.Loríqu’ii tomboit de vétusté, il étoit également défendu de le rétablir, asm,remarque Plutarque ( a ), de ne point éterniser les inimitiés Sc les anciennesquerelles avec les ennemis. Ce fut dans le même esprit que les Grecs if éle-vèrent jamais des arcs de triomphe dans leurs villes, soit en pierre, soit enmarbre , ainsi que le pratiquèrent les Romains fous les Empereurs , commenous le dirons par la sistre.
Pour perpétuer la mémoire de la célèbre victoire remportée fur les Persesà Marathon, on érigea aux Grecs, qui avoient été tués dans cette bataille,des monumens où leurs noms & celui de leurs tribus étoient marqués. Gnen construisit trois separément, l’un pour les Athéniens, l’autre pour les Pla-téens, êc un troisième pour les esclaves que l’on avoit armés à cette occa-sion ( 5 ). Par la fuite, les Athéniens y sirent ajouter le tombeau de Miltiade,auqiîel on devoit la gloire de cette fameuse journée.
Après le célèbre combat des Thermopyles j les Ámphictyons firent éleveríùr le champ de bataille un monument à ces généreux défenseurs de laGrèce. On y avoit gravé deux inscriptions : la première marquoit que lesGrecs du Péloponnèse, au nombre de quatre mille, s’étoient opposés à l’arméedes Perses, composée de trois millions d’hommes ; la seconde , qui étoit dupoète Simonides, Sc relative seulement aùx Spartiates, dísoit : Pajsant , va an-noncer à Lacédémone que nous sommes morts ici pour obéir à ses loix sacrées (c).
Torique les Grecs avoient remporté une victoire, ils mettoient à part ladixme de tout le butin, pour les divinités qu’ils croyoient leur avoir été favo-rables ; quelquefois même ils établiífoient à perpétuité une fête folemnelíe.Après la bataille de Salamine (d) ils envoyèrent à Delphes les prémices duriche butin qu’ils avoient fait. Après celle de Platée , ils firent exécuter ,à frais commun, une statue de Jupiter, qu’ils placèrent dans son templed’Olympie. On lifoit fur le piédestal le nom de tous les peuples de la Grècequi s’étoient trouvés au combat : les Lacédémoniens à la tête, les Athéniensaprès, Sc tous les autres de fuite ( e ).
Les Grecs avoient encore établi l’usege de consacrer , par des éloges funè-bres, la mémoire des citoyens qui avoient versé leur íàng pour la patrie.Ce qui se pratiquoit a cette occasion à Athènes mérite beaucoup d’être
(a) Plut. in Quasi. Rotju . page 272.
( b ) Paufan. in Attic,
( c ) Herod. 1 . VII.
(d) Idem , 1. VIII.
( e) Dans ce que nous avons dit fur la plupart
des monumens & des statues accordés dans l’anti-quité aux héros, nous avons fait un bon usage de lacompilation que M.Rollin a faite à ce sujet dans sonHisioire ancienne , d après les auteurs Grecs & La-tins qui en ont parlé.