AUX GRANDS HOMMES. 75
remarqué. Au retour d’une campagne, on rendoit publiquement les premiersdevoirs à ceux qui avoient été tués : on expoíoit, pendant trois jours con-sécutifs , les ossemens des morts à la vénération du peuple, qui s’empreíToità y jetter des fleurs, & à y faire brûler de l’encens Sc des parfums. Tous ceso démens étoient eníùite portés en pompe dans autant de cercueils qu’il yavoit de tribus dans cette ville. Cette cérémonie étoit auguste Sc majestueuse :c’étoit un glorieux triomphe, plutôt qu’un lugubre convoi. Au milieu decet appareil , un Athénien des plus distingués prononçoit devant tout lepeuple l’éloge funèbre de ces illustres morts. Periclès fut honoré de cettecommission après la première campagne de la guerre du Péloponnèse. Le butde ces discours étoit d’exalter le courage de ces généreux soldats, Sc d’excîterles citoyens à les imiter, par la vue de la gloire dont ces braves défenseursde la patrie étoient comblés pour jamais (u).
Les premières statues que l’on vit dans la Grèce, furent celles d’Armo-dius Sc d’Aristogiton, qui avoient cimenté de leur íàng la liberté d* Athènes >ioríque les tyrans en furent chastes. En reconnoistance, les Athéniens leurélevèrent deux statues de bronze dans la place publique, asin que leur vueranimât, dans tous les coeurs des citoyens, la haine de la tyrannie. Après ladéfaite de Darius, Alexandre , ayant retrouvé dans la Perle ces monumens queXerxès avoit enlevés lors de íbn irruption, pour se rendre agréable aux Athé-niens , leur renvoya les statues de ces deux grands hommes.
Ces républicains en érigèrent aussi à Phocion , à Chabrias, ainst qu’à Sa-crât e , lorsqu’ils eurent reconnu, après fa mort, leur injustice. Il paroît queles Grecs, dans les premiers temps de leurs splendeur, étoient très-réservés" à accorder des marques de distinction dans leur villes ; mais, par la fuite, ilstombèrent dans un excès opposé à cet égard : car on prétend qu’en recon-noistance du bonheur que Démétrius de Phalère avoit procuré à la ville d’Athè-nes par ía sage administration, ils lui élevèrent trois cent íoixante statues ,autant que de jours en P année que l’on croyoit alors de ce nombre, lesquellesfurent presqu’austìtôt abbattues qu’élevées.
Peu de héros auroient eu autant de monumens qu’Alexandre, relativement àl’éclat de íès conquêtes, à ses victoires, Sc au triomphe des arts fous son rè-gne , fans la défense expresse qu’il fit à tous les sculpteurs , excepté à Lyfippe,d’exécuter ses statues; Sc à tous les peintres, excepté à Appelle , de faireson portrait. Il y a apparence que son but, par cette défense, étoit de s’im-mortaiiser par le ciseau Sc le pinceau de ces deux artistes uniques, Sc quecela ajoutât encore à fa réputation.
Ce Prince perdit, à la bataille du Granique, vingt-cìnq de ses principauxofficiers qu’il affectionnoit. Pour perpétuer leur mémoire, il ordonna qu’on
( a ) Histoire ancienne , tome XI, seconde part.