AUX GRANDS HOMMES. jf
les corps, de les rendre plus robustes, plus adroits , plus capables de sup-porter le poids des armes ; qualités bien eíïèntielles avant i’invention de lapoudre, Sc qui décidoient ordinairement du gain des batailles. Non feule-ment i’athlète vainqueur étoit honoré d’une statue, mais on datoit encorel’année par son nom ; on lui décernoit une couronne & une palme. Unhérauít, précédé d’un trompette, le promenoir dans tout lé Stade, en pro-clamant à haute voix íbn nom ôc son pays devant tout le peuple assemblé,qui redoubloit alors íes acclamations Sc ses applaudissement
Outre les statues que Ton décernoit aux athlètes dans l’endroit où. ilsavoient été couronnés, on leur en érigeoit quelquefois dans leur patrie. Laville de Sparte fít élever un magnifique monument à Cinifca, lueur d’Agesi-las, pour honorer la victoire qu elle avoit remportée aux jeux Olympiques>dans la couríè des chars attelés de quatre chevaux (a).
De retour dans íà patrie, le vainqueur aux jeux de la Grèce entroit entriomphe, revêtu des marques de fa victoire, monté fur un char à quatrechevaux ì il étoit précédé de quantité de flambeaux , Sc accompagnéd’un nombreux cortège. Enfin cette cérémonie du triomphe athlétique étoitordinairement terminée par des festins , soit aux dépens du public, soit auxdépens des particuliers.
Les récompenses que les Grecs accordoient aux grands hommes, ne sebornoient pas à ceux qui íë distinguoient, soit par lears talens militaires ,loit par leur adrestë ; elles s’étendoient auflì aux íçavans, aux philosophes ,aux poètes Sc aux orateurs les plus illustres : tous les genres de vertus avoientdroit aux distinctions Sc aux honneurs. On traçoit quelquefois en lettresd’or leurs ouvrages dans les temples Sc les édifices publics : les pierres pré-cieuses étoient employées à graver leurs portraits : des privilèges étoient ac-cordés aux villes qui leur avoient donné naissance ; on élevoit en leur hon-neur des statues, des temples ; & on frappoit des médailles , Sc même desmonnoies, avec leurs portraits, qui avoient cours dans le commerce (b).
Personne n’ignore qu Homère eut des temples à Smyrne Sc à Alexan-drie , Sc qu’à Argos on lui offroit des sacrifices comme à Apollon. Les habi-tans de Chio établirent des jeux folemnels en son honneur , qui étoient célébréstous les cinq ans, On lui frappa même des médailles en plusieurs endroits, Enfin,Archeiaiis de Priene, habile sculpteur , exécuta en marbre ion apothéose.Il avoit représenté ce grand poète entouré des neuf Mulè§, une couronne delaurier íur la tête, avec un diadème, Sc le sceptre à H main 9 pour désignerqu’il étoit véritablement le roi des poètes ( c),
(a) Paufan. lib. III.
( b ) Préface de la Description du Parnasse François , par M, Titon du Tíllet,
(c) Vit d’Homère, par Madame Dacierj
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