AUX GRANDS HOMMES. 79
» Il y avoit deux fortes de triomphes, le petit Sc le grand. Le petit triom-» phe s’appelloit ovatio. Le général alors n’étoit point monté for un char, ni» revêtu des habits triomphaux, ni couronné de laurier. Il entroit dans la» ville à pied, ou, selon d’autres, à cheval, avec une couronne de myrthe ,
» Sc foivi de fon armée. On n'accordoit que cette sorte de triomphe, quand» la guerre, ou n’avoit pas été déclarée, ou avoit été contre un peuple peu» considérable, ou enfin n’avoit pas été suivie d’une aísez grande défaite des» ennemis.
» Le triomphe ne pouvoit être accordé régulièrement qu’à un dictateur ,» à un consul, ou à un prêteur qui eut commandé en chef. C’étoit au sénat» à décerner cet honneur ; après quoi, Paffaire étoit portée Sc mise en déiibé-« ration devant Passemblée du peuple,, où souvent elle trouvoit de grandes» difficultés. Plusieurs triomphoient pourtant malgré le sénat, pourvu que le» peuple leur eût accordé cet honneur : mais, s’ils ne pouvoient Pobtenir ni» de Pun ni de Pautre ordre, alors ils alioient triompher for le mont Aibain,» qui étoit dans le voisinage de la ville. On prétend que, pour obtenir l’hon-» neur du triomphe, il falloit qu’il y eût au moins cinq mille ennemis de tués» dans le combat.
» Après que le général avoit fait aux soldats la distribution d’une partie du» butin, Sc qu’il avoit rempli quelques autres cérémonies , la pompe se met-» toit en marche, Sc entroit dans la ville, par la porte triomphale , pour se» rendre au Capitole. A la tête étoient des joueurs d'instrumens, qui faisoient» retentir Pair de leur symphonie. Ils étoient suivis de bœufs, qui dévoient» être immolés en sacrifice, ornés de bandelettes Sc de fleurs, Sc plusieurs* ayant les cornes dorées. Enfoite on faisoit paíser en revue tout le butin Sc» toutes les dépouilles, ou rangés artistement for des chariots, ou portés for» les épaules de jeunes gens superbement vêtus. On voyoit écrits en gros» caractères les noms des nations vaincues, Sc la représentation des villes qui» avoient été prises. Quelquefois on mêloit dans la pompe des animaux» extraordinaires amenés des pays qu’on avoit soumis, des ours, des pan-as) thères, des lions, des éléphans. Mais ce qui attiroit le plus Pattention des» spectateurs, étoient les illustres captifs qui marchoient enchaînés devant lea» char du vainqueur, des officiers considérables, des généraux d’armée, des» Princes, des Rois avec leurs femmes Sc leurs enfans «. Paul Emile avoittraîné à fon char Persée, Roi de Macédoine. Auguste fit tous ses efforts pourengager Cléopâtre, Reine d’Egypte, à venir orner sem triomphe ; affrontquelle prévint en se donnant la mort. Auréiien conduisit en triomphe la fa-meuse Zénobie, Reine de Palmyre.
» Le Consul ou l’Empereur venoit enfoite. Il étoit monté for un char foper-» be, attelé de quatre chevaux, revêtu de l’auguste Sc majestueux habit du