Band 
Tome premier.
Seite
548
JPEG-Download
 

548

C EH

Le Cerisier de Sainte-Lucie, cerisier-maha- 'LEU , BOIS OU ARBRE DE SaINTE-LuCIE, MAHALEB , 'prunier odorant , et, dans quelques départemens ,le quénot , le mai.agué (V. la figure à VAtlas ),est un arbre de la troisième grandeur, qui s’élève ài 5 ou 18 pieds , et plus quand il est cultivé dansun bon terrain ; son tronc et ses rameaux sont cou-verts d’une écorce d’un brun rougeâtre; ses feuilles jsont alternes, simples, entières, ovales, dentées, iterminées en pointe, d’un vert gai, pétiolées et mu - jnies de glandes à leur base. Les fleurs sont plus pe- :tites que celles du cerisier, et paraissent en même ;temps que les feuilles ; elles sont odorantes et dispo- |sées en corymbe au sommet des tiges ; le fruit est dela grosseur d’un pois, noir, et d’un goût amer et dé-sagréable ; il n’y a que les oiseaux qui le mangent.

Cet arbre a deux variétés : la première se distin-gue par ses feuilles larges, et la seconde par la cou-leur de ses fruits, qui sont jaunes. Cette dernièrevariété est plus répandue que la première.

Le bois de Sainte-Lucie croit naturellement dansdiverses contrées de l’Europe ; cependant il paraîtqu’il est rare dans les bois de l’Allemagne , car lesauteurs forestiers de cette nation n’en parlent pas.Il est assez répandu en France , sur-tout dans lespays de montagnes, et il est très-commun aux envi-rons de Sainte - Lucie , dans les Vosges , d’où il apris son nom. Varennes de Fenille dit que cet arbreparvient à une assez grande hauteur, et qu’il en avu qui portaient plus de 4 pieds de tour, sur desparties de montagnes dans les jardins de M. de Mar-nésia, en Franche-Comté .

Culture. — La culture de cet arbre est plus im-portante que 11e semblent le comporter les faiblesdimensions qu’il acquiert ; mais it a l’avantage demettre en valeur des terrains que l’abondance de lacraie, du plâtre, de l’argile et même du sable,rend stériles , en les divisant par ses racines, en lessoulevant et en donnant aux eaux pluviales la faci-lité d’imbiber ces terres compactes , sur lesquellesles débris de ses feuilles forment une couche végé-tale. Je l’ai vu prospérer dans les craies de la Cham-pagne , où il est assez ordinairement employé à mar-quer la séparation des territoires. M. de Males-herbes est un des premiers qui en aient fait des semiset des plantations considérables. Il conseille de lemêler au chêne, pour lui procurer de l’abri , etpour former des taillis productifs en peu de temps ;de semer en automne de préférence au printemps jà moins qu’on ne craigne le ravage des mulots ; d’é-lever toujours le plant en pépinière , parce que ceplant ne levant qu’en partie la première année, onserait obligé, dans les semis en grand, d’arracherles mauvaises herbes à la main, pour ne pasllétruire,par les sarclages, celui qui devrait paraître; cepen-dant , on en fait aujourd’hui des semis à demeure ,et on les préfère même aux plantations, parce qu’ilsdivisent mieux les mauvais terrains ; il faut seule-ment avoir l’attention de bien ménager les plantsdans les exherbages.

Ainsi, il y a deux manières de cultiver le boisde Sainte-Lucie, i°. en semant les graines enplace, a 0 , en plantant des jeunes pieds élevés enpépinière.

CER

Sentis. — Les semis , soit à demeure , soit en pé-pinière, se font sur un terrain bien préparé, de mé-diocre qualité, en rayons ou à lu volée, aussitôtque les graines sont récoltées. Si on est obligé deremettre au printemps l’exécution des semis , onconserve les fruits en jauge, sans quoi ils pourraientse dessécher, et la plus grande partie 11e lèveraient quela seconde année , ou pas du tout. Il faut faire laguerre aux campagnols et aux mulots, dans le lieuoù ils sont semés ou déposés ; car ces animaux , eten général tous les rongeurs , sont aussi avides del’amande de ces fruits, que les oiseaux de la pulpe.Le plant n’a besoin que de quelques sarclages. 11pousse assez ordinairement d’un demi-pied dans lecourant de la première année, et d’un pied de plusdans la seconde.

Transplantation. — C’est à deux ans qu’on le re-tire de la pépinière pour en faire des plantations àdemeure dans les forêts. Il faut, autant que possi-ble, lui conserver son pivot, et faire les trous enconséquence , afin qu’il aille chercher l’humidité àune grande profondeur. Les plantations que l’Ad-ministration a faites de cet arbre dans les mauvaissables du bois de Boulogne , ont parfaitement réussi,et on l’y multiplie aujourd’hui beaucoup; mais ilfaut le mêler avec d’autres arbres de prompte crois-sance et de plus haut cru, afin de le forcer à s’éle-ver. Le bouleau, le marceau, le robinier, le châtai-gnier et le chêne , sont les espèces auxquelles on l’aassocié dans le bois de Boulogne.

Cet arbre se multiplie aussi de marcottes et derejetons; mais comme il produit une grande quan-tité de fruits , et que la voie du semis est toujoursplus avantageuse , on la préfère toujours pour lescultures en grand.

Haies. — a. On fait aussi avec le mahaleb d’excel-lentes haies , soit en le semant, soit en le plantanten rigoles, parce qu’il pousse des branches dès le col-let de ses racines , et que ces branches sont presquehorizontales et s’entrelacent les unes dans les au-tres ; mais elles craignent la dent des bestiaux, etsur-tout des moutons et des chèvres, qui aimentbeaucoup les feuilles et les bourgeons de cet arbre.Le plant peut, sans inconvénient, n’ètre espacé quede 3 pouces. Ces haies garnissent bien, et peuventêtre conduites de manière à fournir, tous les ans,beaucoup de fagots. » (Nouveau cours d’agriculture.)

On le place en bordures autour des semis ou desjeunes plantations de taillis , et outre l’avantagequ’il présente comme clôture, il donne , dans cetteposition , un bois dur et d’excellente qualité pourles petits ouvrages auxquels on l’emploie.

Plantation dans les bosquets. — Le mahaleb estun joli arbre d’ornement que l’on plante beaucoupdans les parcs et les bosquets du printemps , où sesfleurs, qui paraissent au mois d’avril, font un as-sez bel effet, et répandent une odeur douce et agréa-ble. Lorsqu’on le destine à cet objet, on l’élève enpépinière, comme il vient d’être dit; on le trans-plante en école à deux ans , on le recèpe, on le metsurun brin, et par des ébourgeonnages successifs, onle conduit jusqu’à cinq ans, pour être planté à de-meure. 11 reprend toujours bien , sur-tout quand onménage ses racines.