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Tome premier.
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» A qui appartenaient en effet les plus bellesforêts de la France , avant la révolution ? au clergé,

aux ordres religieux , aux grands seigneurs.Le

clergé et les gens de main-morte ne pouvaient ac-quérir ni vendre sol et superficie; ils ne faisaient quedes coupes réglées et pouvaient les attendre. Lesort des forêts des grands seigneurs et des riches pro-priétaires n'était pas enchaîné de la même manière,puisquils pouvaient en disposer ; mais rarementelles sortaient de leurs familles, soit parce que la plu-part des lois coutumières favorisaient les aînés , etque les forêts passaient presque toujours au chef ouau successeur du titre , soit par leffet des substitu-tions, qui ne laissaient réellement que lusage à ce-lui qui était grevé de cette condition. Ence moment,les coutumes et les substitutions nexistent plus; lesaînés et les cadets sont égaux en droits , et le pèrene peut disposer que dune portion, graduée selonle nombre denfans. 11 en résulte que les bois se di-visent presque toujours, sils sont considérables ;quesouventun ou plusieurs des cohéritiers sont obli-gés de vendreou de couper pouracquitter les charges,dettes ou portions héréditaires ; quenfin lorsquelun des copropriétaires peut et veut garder son lot,la division sopère par ses enfans ou successeurs; cequi amène infailliblement la coupe du bois et la dé-nudation du sol.

» On peut encore moins espérer que des parti-culiers puissent élever des forêts , quelque richesquils soient, 1". parce quil en est bien peu qui soientcapables de se résoudre à renoncer à un revenu, età taire des sacrifices pour les âges futurs; 2°. ils sontretenus, parce quils ne sont point assurés que leurouvrage soit ou puisse être respecté par leurs enfans.11 est donc bien démontré cjuactuellement nousnavons plus en France que létat seul qui puisseconserver ou élever des forêts dune manière stable;quil ne faut pas compter sur celles des particuliers;et qualiéner celles qui lui restent, cest les perdrepour une ressource faible et momentanée, qui se con-sommera sur-le-champ , et ne lui laissera bientôtni le prix ni la chose vendue.

» Daprès des observations si majeures et si exac-tes , pourrait-on arguer de la considération mal en-tendue dune économie de frais dadministration?Il fautdabord observer que si les acquéreurs veulentconserver leurs bois , ils seront obligés eux-mêmesdavoir des gardes, dentretenir les clôtures, che-mins, etc., et que ces charges seront en compte dansleursoffres. Dailleurs, ne perdons pasde vue quuneadministration publique quelconque et spéciale seratoujours nécessaire pour asseoir et diriger les cou-pes et les opérations darpentage, martelage, esti-mation , récolement , etc. ; quon ne peut se passerdavoir des agens organisés p)our la surveillance etlemploi des gardes; pour prescrire et soigner lesréparations , semis , plantations et clôtures ; cons-tater et suivre les délits, rempdir le même service àlégard des bois communaux; protéger les bois par-ticuliers, et tenir la main aux règles générales,aux-quelles ils sont soumis, relativement à létat et àla marine. On ne peut donc se dispenser détablirune hiérarchie et une correspondance active avecun point central, létat général des forêts soit

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constammentconnu, afin que le gouvernementpuisseavoir sur-le-champ des renseignemens précis : uneinstitution particulière de cette espèce existe par-tout il y a un régime forestier ; elle est liée àléconomie politique et à lagriculture. Les frais decette Administration, qui nest nombreuse que sousle rapport des gardes forestiers, ne font point partiedimpôts levés sur le peuple; on y pourvoit par leproduit de la propriété. Ils sont dailleurs peu con-sidérables en proportion de ceux des autres adminis-trations publiques, puisquil est constantque sesagenssupérieurs et inférieurs sont moins payés, à grades etfonctions égales, que ceux des autres parties admi-nistratives.

» Vous apprécierez facilement , messieurs , lesdiverses objections que je viens de discuter. »

Ce discours renferme tout ce qu'on pouvait direde juste et dutile, dans cette grande question; et ce-pendant, malgré les efforts de lorateur et dungrand nombre de ses collègues, le projet fut adopté,et la loi du 23 septembre i8i4 autorisa laliénationde 3 oo,ooo hectares de forêts.

La session de ) 8 i 5 est revenue sur cette loi , etparmi les députés qui en ont provoqué le rapport,on distingue M. Laborie, qui retraça, dans un dis-cours éloquent, lancienne législation sur la conser-vation des forêts , et les principes qui en doiventfaire maintenir la possession dans les mainsde létat.

« Destinée bien étrange, sécrie-t-il, de ces vieillesforêts de notre belle France , qui, sauvées par tantde rois , éi happées au génie de la destruction , à lalégislation conventionnelle, nont été franchementmenacées quen 1814, après le retour du roi légitime;et à la seconde restauration, elles allaient périr sansvous, qui avez arrêté la cognée prête à frapper! Vousles sauverez, messieurs. Ce nest pas en vain quaq-ront été invoquées devant vous ces ordonnances deirois, qui commencent à retrouver dans le sanctuairede la législation des mémoires obéissantes et fidè-les. Cest un grand, un puissant intérêt social et poli-tique qui a imprimé à la législation forestière ce ca-ractère de soigneuse conservation et de sévère sur-veillance. Les forêts sont le plus beau présent quela nature et létat sauvage aient transmis à la civi-lisation ; elles lembrassent, pour ainsi dire, de tou-tes parts ; la marine, larchitecture, les momimens,les arts de la paix, les arts de la guerre, les besoinsdu pauvre, les besoins du riche, lagriculture, lecommerce intérieur et étranger, les moissons , lesvignobles, et il semble que les forêts tiennent à tout,protègent tout; honneur et ornement du sol, ellesen sont encore lappui et la garantie ; elles conser-vent et alimentent les eaux; elles sinterposent entreles vents et ces riches coteaux qui rendent lEurope tributaire des vins de la France ; elles retiennent,pour la culture, sur le penchant des collines la terreprête à séchapper après les orages; elles assurèrentdans des temps plus heureux, elles relèveront, unjour, sur les mers, qui en reconnaîtront les couleurset la gloire , lhonneur de notre pavillon; elles fontune importante partie de notre indépendance politi-que ; les sages qui nous ont transmis tant de lumiè-res encore utiles à lorgueil de notre prétendue per-fectibilité sans bornes, nous ont avertis que la France