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Tome premier.
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*"jetties à un droit denregistrement qui porte surles adjudicataires , sur les cautions, et dont le pro-duit est considérable.

» Ainsi, en vendant les bois de létat , on se pri-vera dune ressource indispensable aux constructionscontinuelles de létat et des particuliers, dun ali-ment de première nécessité pour notre industrie ,des moyens de combustible pour toutes les classesde citoyens, et on sen privera sans retour, pourjamais.

» Le trésor en ressentira un préjudice considé-rable ; le crédit public ne peut quen souffrir , parcequen se privant du capital, létat se privera dunrevenu destiné à augmenter sans cesse , et quenfinen diminuant la quantité des bois possédés par létat,les frais dadministration resteront nécessairementtoujours les mêmes. »

M. le marquis de Ville franche , dont le nom serattache si glorieusement au rétablissement duneadministration spéciale pour les forêts , et à tout cequi intéresse la conservation de ces précieuses pro-priétés , na cessé délever la voix contre le systèmedaliénation.

On avait proposé, en 1819, daliéner, sous la dé-nomination de broussailles, environ 1 3 o,ooo hectaresde bois, outre les i 5 o,ooo hectares dont la venteavait été autorisée par la loi du 25 mars 1817. Lho-norable député fit remarquer que cette dénomina-tion vague laissait un champ trop vaste aux spécu-lations. Il insistait sur la difficulté détablir uneligne précise de démarcation entre les bois de diffé-rentes catégories, parce que tel bois , réduit aujour-dhui à létat de dégradation par labus du pâturage,pouvait, avec le secours dune bonne surveillanceet dune sage administration , reprendre son rangparmi les bois les plus utiles.

Envisageant ensuite la question sous les rapportsde léconomie politique , il rappelait que, de touttemps , les plus belles forêts avaient été la propriétéde létat, et quen les faisant passer dans la classedes propriétés privées , on sexposait à de funestesinfluences. Il représentait ce domaine envahi par lescompagnies financières, abandonné à vil prix, déna-turé par la cupidité et 11e laissant que le spectaclede la dégradation. Les exemples du passé venaienten foule justifier ses craintes sur lavenir. Il signalaitle dérangementque desemblables aliénations avaientdéjà causé et allaient causer encore dans les fortu-nes des propriétaires de bois, qui, pendant que lac-quéreur avide jette dans le commerce les produitsaccumulés quil se hâte dexploiter , éprouvent unebaisse subite dans le prix de leurs coupes. Les amé-nagemens, disait-il, seront intervertis par leffetde lintérêt personnel ; on verra une abondance fac-tice, qui amènera la disette ; la postérité sera déshé-ritée, et le trésor public privé dun revenu certain.

On faisait valoir, en faveur du système daliéna-tion, lavantage de soumettre à limpôt des propriétésqui en étaient exemptes. Lorateur démontra com-bien une semblable considération était fausse; et da-bord cest précisément notre système dimpôt sur lesbois , qui dégoûte 1rs particuliers et les communeset établissemens publics de ce genre de propriété,et qui les pousse à le dénaturer. Le plus grand en-

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couragement que lon pourrait accorderaux proprié-taires de bois , serait une diminution dimpôt , quiserait progressive , suivant lâge auquel ils retarde-raient leurs coupes. On doit donc être certain queles acquéreurs font entrer dans leurs calculs toutesles charges résultant de la nature des domainesquils achètent, et quil y a déception complètedans la considération de limpôt.

Lorateur rappelait la disette des combustiblesquon avait éprouvée à différentes époques, et lesmesures extraordinaires que lautorité avait été obli-gée de prendre pour lapprovisionnement de Paris et de quelques autres grandes villes ; les calculs dequelques auteurs qui prouvent que, dun côté, la re-production diminue, tandis que, de lautre, la con-sommation augmente.

Je terminerai lanalyse de ce discours, plein defaits et dobservations dun haut intérêt, par la cita-tion du passage suivant : « Je parle à des proprié-taires qui, jose lespérer, partageront mes craintes,et ne voudront pas se prêter à ladoption dune me-sure destructive des intérêts du trésor , et qui com-promet les fortunes particulières. Conservons à nosenfans et à nos arrière - neveux ce que nos pèresnous ontlaissé,ce que la révolution même a respecté,et ne donnons pas à la France lexemple dune as-semblée de propriétaires élus par elle pour défen-dre ses intérêts, qui, sous le gouvernement légitime,naurait ni la volonté ni lénergie de repousser unemesure contraire à ses plus chers intérêts, et qui luienlèverait la seule propriété foncière qui lui reste:les plus grands ennemis de la prospérité de la France ,de sa puissance maritime et de son commerce, nepourraient lui porter un coup plus funeste. »

Le vœu de lhonorable député a été accueilli parla Chambre, qui a rejeté la proposition de vendre lesi 3 o,ooo hectares de bois qualifiés de broussailles.

Dans la même session de 1819 et dans celle de1820, M. de Yillefranche demanda la réorganisa-tion dune administration spéciale pour les forêts ,et ses vœux, appuyés par la Chambre, ont été adoptéspar le gouvernement.

M. Falatien , député des Vosges , qui, en 1817,avait combattu le projet daliénation de i 5 o,ooohectares de bois, reproduisit, dans la séance du 5juillet 1820, de nouveaux argumens contre cettealiénation , en même temps quil demanda aussi lerétablissement de lAdministration forestière.

Il observa que si le vœu émis dans une précédenteséance, que toutes les forêts pussent être aliénées,pouvait être partagé par le gouvernement et par lesChambres , ce serait un des plus grands maux quipussent menacer notre économie publique et sociale,et que la disparition des futaies serait le résultatinévitable de laliénation des bois, et que si cettevérité avait besoin dêtre démontrée, les argumensse présenteraient en foule.

Nous avons cru devoir analyser ici ces discours,parce quils sont des monumens de lintérêt que laconservation des bois de létat a inspiré à des hom-mes éclairés sur la matière, et parce que les docu-mens et les principes quils renferment, seront tou-jours invoqués avec avantage contre le système dé-plorable des aliénations.