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Tome premier.
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quât, notre Ame sentoit de ladouleur ; donc , diíoicnt lesPéripatéticiens , elle est répan-due par tout le corps. II fit voirla foiblcílè de cette rail o n pardeux expériences qui prouventmanifestement que nous pou-vons sentir de la douleur Sciesimprelìions des objets dans desendroits où notre Ame n’estpoint. La première est: celle deces períonncs à qui l’on a cou-pé un bras , Sc qui de tems enrems sentent des douleurs dansl’endroit où seroient leursdoigts , s’il n’avoient pointcu le bras coupé, quoique leursdoigts n’y soient plus, ni parconíéquent leur amc. La secon-de est celle de cet aveugle qui,au défaut de ses yeux , se sertde son bâton pour distinguerla figure Sc les qualités deplusieurs objets ; qui connoît,à la faveur de ce bâton , si c’estde l’eau , de la terre , ou del’herbc qu’il touche ; si le plan-cher est poli ou raboteux Scc.Car il est certain qu’il senttout cela avec ion bâton, quoi-que ion Ame ne toit point dansion bâton. Descartes démon-tra donc que l’imprelsion desobjets fur notre corps ne pou-vant consister que dansl’ébran-lement des fibres Sc des nerfsqui y font répandus de toutepart , il n’étoit pas nécessaire

DAN 491que l’Ame fût étendue tout lelong de ces fibres Sc de cesneris ; mais qu’il lui suffisoit,pour appercevoir les objets ,que cet ébranlement pût secommuniquer à quelque en-droit principal où elle íeroitsarésidence ; de même que l’é-branlcmcnt causé par la ren-contre du corps dur ou ducorps mol , du poli ou du ra-boteux , se communiquoit jus-qu’à la main par le moyen dubâton ; que comme le bâtonétendu depuis la mainjusqu’aucorps qu’il touche , íervoit àl'Ame pour appercevoir les qua-lités de ces corps; de même lesnerfs étendus , par-exemple ,depuis le cerveau jusqu’à lamain , pourroient lui servir àappercevoir les qualités descorps que la main touchcroit ;Sc qu’enfin la douleur qu’ellesent au doigt, quand elle Rap-proche trop près du feu, nesuppose pas plus qu’elle soitprésente par elle-même à cetendroit de ion corps , quele supposoit le mal de doigtdont se plaignoit de tems entems une certaine fille à quil’on avoit coupé le bras, fansqu’elle s’en apperçut , parcequ’il étoit gangrené ; car ellene sentoit ce mal que parce queles humeurs ou quelque autrecanle, ébranloient les ncrís de