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de quitter ; il n étoit éloigné de cet endroit que d'une portée de fusil :après y avoir laissé reposer les chevaux pendant plusieurs heures, noustentâmes de nouveau de passer cette montagne. Nous avions pristous les Paysans du Hameau, Sc allumé des torches pour ménagernos flambeaux. Après avoir attelé les dix chevaux à la même voiture,nous parvînmes à moitié de la montagne ; mais il ne fut pas possiblede passer outre , quoique les uns fussent occupés à fouetter les che-vaux , Sc les autres à pousser la voiture. Toutes nos tentatives furentinutiles } Sc nous retournâmes au Hameau de Podstrava, où nouspaíïames la nuit. Étant obligés de voyager â pied fur toutes ces mon-tagnes gelées, M. Favier avoit fait plusieurs chûtes : les dernieresfurent très dangereuses ; il avoit plusieurs contusions, qui lui fai-soient éprouver de vives douleurs. La maison où nous logions étoitune espece d’Auberge : elle présentoir le tableau de la plus grandemisere ; un Juif en étoit le possesseur : il n y avoit qu un lit pourle pere Sc la mere ; le reste de la famille étoit couché par terre surles haillons les plus dégoûtants. Ces gens n’ont dautre lumièreque des lames de bois allumées : ils les plantent horisontalementdans le mur. Le Paysan se nourrit de pain pendant-l’été dans ces en-droits , ainsi que dans la Lithuanie ; mais il en manque pendantl’hiver , parce quil vend la plus grande partie de ses bleds : il sonourrit alors de cacha, qui n est autre chose que de forge mondé ,cuit dans de seau comme du ris. Les Polonois aisés mangentbeaucoup de cochon, Sc de la chou-croûte (i).Ils ont encore unesoupe qu’ils appellent barse{: le bouillon est du jus de betterave,qu ils font aigrir dans un tonneau pendant plusieurs mois ; ils mê-lent ce jus avec de l’eau, de la crème , Sc de la viande quand ils enont. Ils regardent ce mets comme très délicat.
Les Habitants de ce Hameau font si misérables, que nous 110
( 1 ) Ce font des choux qu’on a coupés, Sc qu’çn a fait aigrir pendant plusieurs mois’lans de l’eau.
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