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Tome premier. Contenant les moeurs, les usages des Russes et l'etat actuel de cette puisscance [...].
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S I B í R I E. % 3

je trouvai pluíìeurs de mes flacons vuides, & une partie des autresprovisions avoient disparu. Ayant voulu minformer des circonstan-ces de cet événement, lun de mes Conducteurs me répondit qu ilsen etoient les auteurs ; que quant au vin ils le préféroient à 1 eau-de-vie, & qu ils vouloient en boire. Ce début, 8c le ton décisifavec lequel on me tint ce langage , me surprirent dautant plus queje navois rien négligé pour captiver 8c mattacher tous ces gens.

1sidée de voyager seul avec des personnes que je ne connoiísois quedepuis deux jours, 8c qui tenoient une pareille conduite, ne mepermit pas dapporter la plus petite réflexion à celle que je devoistenir : ma réponse fut telle que M. le harangueur fut auíb prompt àsauter de plein gré sescalier , que je lavois été à lui répondre. Je fuscependant très aise quelques moments après de fa légèreté, 8c neme repentis pas de ma vivacité : trop de prudence auroit eu pourmoi dans cette circonstance les suites les plus fâcheuses. Les Russesde cette classe ne connoissent dautre subordination que celle desvils Esclaves : ils ne reconnoissent un maître quaux durs traitementsqu'ils en éprouvent.

Jarrivai le i 3 â Gorodnia , hameau situé entre Twer ôcKlin rà peine fus-je sorti de mon traîneau, que lHorloger rn'en demandaun pour lui seul ; il se plaignoit qu il étoit trop gêné dans celuiil étoit avec mon Interprète : outre que cet arrangement produisoitune augmentation de dépense absolument inutile, la difficulté davoirdes chevaux suffisoit pour me déterminer à lui refuser cette demande.Cette fantaisie dun second traîneau étoit dautant plus mal fondée,que st le traînage est agréable au commencement de lhiver , cettefaçon de voyager est des plus incommodes vers la fin de cette frison,sur-tout si on est seul dans un traîneau : les routes font dans ce tempstoutes coupées par des fossés parallèles, éloignés de six à sept toises,& lon trouve souvent des creux de plusieurs pieds de profondeur ydans lesquels les traîneaux se précipitent : on éprouve alors des se-