ï 36 Voyage
Le Peuple est attaché à la Religion Grecque j ufqu’au fanatisme :ce fanatisme augmente a mesure qu’on s’éloigne de la Capitale :mais ce Peuple est íi peu éclairé fur fa Religion, qu il croit en gé-néral en remplir les devoirs , en s’acquittant de quelques pratiquesextérieures, & fur-tout en observant avec la plus grande rigueur ,les jeûnes du Carême. II se livre d’ailleurs à la débauche & à tousses penchants vicieux. Les bonnes mœurs font plus rares parmi lesHuilés que chez les Païens leurs voiíîns. La façon de penser des
expliqué le véritable sens de ces paroles, comme on le peut voir dans le Règlement Ecclé -Elastique. Avant donc que d’entrer dans les différents arrangements qui regardent TétâtMonastique , il faut faire connoître quelle est la véritable origine des Moines, Sc indiquerdans quel temps , par qui, de quelle façon Sc à quelle intention les Moines ont étéétablis.
On voit par ie Chapitre 6 des Nombres, qu’il y avoir chez les Hébreux un Ordre sem-blable à Tétât Monastique , appellé TOrdre Nazaréen : mais les Vœux n’étoient pas perpé-tuels ; ils n’étoient que pour un temps , Sc Ton ne s’engageoit par aucun serment. Ce sontpareillement des raisons très pieuses qui dans le commencement du Christianisme ontdonné naissance à Tétat Monastique. Cependant les personnes les plus sages Sc les pluséclairées savent le tort que cet état a fait par la suive à la Société , ainsi que les scandalesqu’il a causés j Sc c’est pour faire connoître tous ces abus à ceux qui pourroient en douter,que nous entrerons dans quelque détail fur ce sujet.
II faut d’abord savoir ce que c’est que le mot d’état Monastique , dans quel temps, Sccù Ton s’en est-servi, Sc si Ton peut par-tout employer ce terme.
Le mot de Moine est grec ; il signifie isolé, seul, qui est sans compagnie , fans société.
Le mot de Monastère peut signifier auflì Société ou Communauté de plusieurs Soli-taires.
Deux raisons contribuèrent au commencement du Christianisme, à faire embrasserTétat Monastique. Quelques-uns choisifïant cet état du propre mouvement de leur con-science, Sc sans y être portés par aucune vue humaine , suivoient un penchant naturel quiles appelloit à la solitude , & ils croyoient qu’il leur étoit impossible de faire leur salut dansce monde. Or , suivant cette opinion , non-seulement les bons Princes Sc les autres Chefsdes Etats que Dieu a appellés à gouverner les hommes, Sc qui font les images de la Divi-nité fur la terre, seroient privés du royaume des Cieux, mais aussi les Ministres desjíois premiers siécles du Christianisme, Sc les Apôtres mêmes en auroient été exclus >