EH Sibérie, 169
autre est si ivre; qu il paroît ignorer la triste aventure de la jeunemariée , Sc la tête tremblante , ainsi que tout son corps, il préludeun air fur son violon ; tandis qu un troisième , le corps penché enarriéré , éleve avec peine un bras énervé par leau-de-vie ; Sc en lelaissant tomber , apostrophe de fa large main la physionomie duJoueur de Violon , pour la ver tir qu’il faut partir.
Enfin je trouvai au milieu de ce désordre la personne qui m'avoitconduit à cette noce. Tranquille dans un coin, elle y observoitcette scene tragique. Je la déterminai cependant à partir : mais ellene cessa d en rire jusqu’au logis, ainsi que de la colere que fa joietn’occasionnoit. Lui ayant demandé que deviendroit la jeune ma-riée , il me répondit qu elle ne reparoîtroit plus dans TAssemblée ,où il ne resteroit que quelques personnes : que le mari garderoit fafemme ; Sc qu a la longue il prendroit le meilleur parti, celui duraccommodement.
Ces usages se pratiquent avec la plus grande rigueur dans toutek Ruífie , au-delà de Moscou : mais on n’est plus,si rigide danscette Ville , ainsi qu à Saint-Pétersbourg : parmi les Grands on secontente communément d’enlever la chemise de la mariée, pendantquelle est couchée avec son mari, Sc cette chemise offre toujoursdes preuves authentiques de fa virginité. Racontant un jour à Saint-Pétersbourg le triste événement de la jeune mariée , dont je viensde parler , une jeune Demoiselle m’interrompit, Sc fit part à l’Ás-semblée des sages précautions qu’on prend dans cette Ville , pouréviter de pareils inconvénients. Je fus seul étonné de l’esprit cultivéde cette jeune Demoiselle : on en trouveroit rarement ailleurs de siinstruites.
L’artifice est cependant une précaution nécessaire dans ces cir-constances : souvent l’effusion de sang n'a point lieu, quoique lesfilles soient très vertueuses,tandis que dautres en répandent, quoi-qu elles aient eu commerce avec des hommes. Des faits vien-
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