e k Sibérie. 19*
ìiia bonne volonté , la cérémonie manquoit toujours à moi. J’ou-bliois la multitude des Saints qu’on me nommoit, & dont la plupartn’avoient jamais été dans la Liste des nôtres. J en étois cependanttrès mortifié. J’avois d’ailleurs communément pour voisin un Rudetrès zélé observateur de la réglé : il avoir acquis le droit d être le Lé-giílateur de la police de la table, &c il étoit de fort mauvaise humeurlorsqu on y manquoit. Ce Russe avoir la bonté de suppléer à monincapacité ; mais il fut aussi embarrassé que moi dans un instant oùil m arriva des deux côtés deux croûtes de pain, dont Tune avoirfait, contre Tordre , plusieurs naufrages dans les assiettes &c dans lebocal. Ne sachant à qui répondre , ni Tusage de ces deux croûtes,je lui remis toute Tassiire entre les mains , je m’astìs. On lui re-présenta que TAssemblée étant composée de soixante convives , onavoit fait venir un second bocal, pour accélérer la cérémonie ; maisil décida qu’il valoit mieux rester deux heures de plus à table, & nepas manquer aux usages reçus.
Enfin on se leva de table , & Ton passa dans un autre apparte-ment. Je crus d’abord que le dîné étoit fini, & qu il n etoit plusquestion que de prendre du cassé ; mais je fus bien étonné detrouver une petite table couverte de confitures de la Chine. Quatregrands drôles y attendoient la compagnie avec des bouteilles d’hy-dromel, de bierre, & de différentes liqueurs frites avec de Teau-de-vie. D’autres apportèrent des cabarets couverts de verres. On se mità boire de nouveau ; la cérémonie est pour lors bannie du Festin,Les Russes, quoiquaccoutumés à ce genre de vie, résistent rare-ment à Texcès des liqueurs qu’ils boivent après le dîné : elles fontd’ailleurs très spiritueuses, & Ton ne cesse de boire jusqu’au soir. SiTon va se promener dans la campagne , les bouteilles (k les verressuivent par-tout la compagnie : c est ce qu’on appelle bien faire leshonneurs.
Quelques Voyageurs prétendent que les femmes se livrent, ainsi