DES PONTS. i83
de voir d’ailleurs que cest moins la quantité d’eau tombéependant toute l’année qu’il faudrait prendre en considération,que celle qui, tombant à l’époque des grandes pluies, ou résul-tant de la fonte des neiges, aurait donné lieu à une crue consi-dérable. Cependant, s’il y a beaucoup de circonstances où l’onne doive pas s’attacher à cette considération , il ne faut pas lanégliger entièrement : elle peut donner lieu à des rapproche-ments utiles , en l’appliquant à des lieux voisins les uns desautres, et où la disposition et la nature du terrain seraientà-peu-près les mêmes.
Mais une circonstance à laquelle il est sur-tout importantd’avoir égard, est celle du temps que la quantité d’eau surabon-dante qui donne lieu à une crue, met à s’écouler par le lit dufleuve, ou de la vitesse avec laquelle se fait cet écoulement : onsait que cette vitesse dépend, en grande partie, de la pente dela riviere, et comme cette pente diminue ordinairement à mesureque l’on s’éloigne de la source du fleuve, il s’ensuit que la mêmemasse d’eau qui aura coulé très-rapidement dans les montagnesoù la riviere prend sa source , et où elle n’est encore qu’untorrent, mettra d’autant plus de lenteur à parcourir le reste deson cours, quelle approchera davantage de la mer ou du fleuveoù cette riviere va se rendre. Ainsi, en admettant quelle nereçoive point d’affluents considérables, et que le fond ait par-toutune égale consistance, si l’on construit deux ponts sur le coursde cette même riviere, il faudra donner à celui que l’on placerale plus près de sa source, un plus grand débouché qu’à 1 autre,puisqu’ils doivent donner tous deux passage à la même crue, etque cette crue mettra, par exemple, deux jours a secouler parle premier, tandis qu’elle en mettra huit à passer sous le second.
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