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été cintrées les unes après les autres. Il eût sans doute été très-imprudent d'exposer des ponts composés d’un aussi grandnombre d’arches à être entièrement renversés dans le cas où unede leurs piles serait affouillée.
Mais lorsqu’on a élevé, sur la fin du dernier siecle, de grandesvoûtes en anse de panier très-surbaissée, et des arches en arcde cercle d’un grand rayon, on a été obligé de renoncer à la loiqu’on s’était faite de donner aux piles l’épaisseur nécessaire pourrésister à la poussée des arches. Si on avait continué à s’astreindreà cet usage, il eût fallu construire des piles énormes, qui, àl’inconvénient de donner au pont un aspect extrêmement lourd,auraient réuni les inconvénients plus importants, d’entraîner desdépenses considérables , et d’obstruer beaucoup le passage del’eau.
Ce dernier défaut donne effectivement lieu à la principale ob-jection qu’on fasse contre les piles épaisses. La résistance qu’une
pile oppose au courant et la contraction qu’elle lui fait éprouver,dépendent, en grande partie , de la largeur de cette pile, et,toutes choses égales d’ailleurs , un pont dont les piles serontépaisses aura plus de disposition à être affouillé que celui oùelles seront minces, et il faudra, par cette raison seule, augmen-ter la surface de son débouché, et conséquemment sa longueur.Mais on peut diminuer la force de cette objection en observantque, quand les dimensions d’une pile sont un peu considérables,il est difficile qu’elle soit emportée par une seule crue ; on peutpresque toujours arrêter les progrès des affouillements avantqu’ils ne soient devenus dangereux. Une pile étroite ne peutjouir des mêmes propriétés , à moins qu’elle ne porte sur delarges empâtements, et alors l’avantage quelle offre, sous le rap-port de l’économie, se réduit presque à rien.