DES PONTS. 347
Mais si la légère épargne qu’on peut faire sur la maçonnerieen employant des piles étroites est très-peu de chose, et s’il n’yen a presque point sur la fondation, à raison des larges retraitessur lesquelles il est convenable de les établir, elles nécessitentune augmentation considérable dans la dépense des cintres, parcequelles obligent à cintrer toutes les arches en même-temps,tandis que , sans cela , les bois employés aux deux premièrespeuvent servir pour toutes les autres. Cet inconvénient estpresque toujours très-important, et il le deviendra d’autant plusque la rareté des bois se fera sentir davantage. Dans les casmême où il n’y a aucun danger à faire porter les arches sur despiles très-minces, comme lorsqu’elles sont établies sur le rocheret qu’on ne craint pas qu’aucune d’elles puisse jamais être em-portée , l’augmentation du prix des cintres peut obliger à rejetertotalement l’emploi de ces piles, et à proscrire, par conséquent,les arches très -surbaissées qui les exigent absolument. Il paraîteffectivement que les arches en arc de cercle , ou en anse depanier très - surbaissée, doivent toujours être portées sur despiles peu épaisses, et que l’une de ces dispositions entraîne né-cessairement l’autre. Les inconvénients qui résultent de l’emploides piles minces se joignent donc à toutes les raisons qui s’op-posent à ce que les voûtes très-surbaissées soient adoptées géné-ralement pour la construction des ponts, et qui semblent prouverqu’on ne doit se servir de ces sortes de voûtes que dans descirconstances où il serait impossible de faire autrement.
Lorsqu’on ne peut pas donner à toutes les piles l’épaisseurquelles devraient avoir, et lorsque , cependant, la grande lon-gueur du pont et la nature du terrain laissent quelques craintessur la solidité de l’édifice, on peut adopter une disposition qui