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Tome premier.
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PREMIÈRE ÉrOQEE.

lit

§ 45.

Couleurs.

La connaissance que les anciens avaient des couleurs est un despoints les plus intéressants de rhistoire de la science. On s’accordegénéralement à dire que les Grecs et les Romains ont emprunté laconnaissance des couleurs, et de leur application à la peinture, auxPhénicienset surtout aux Égyptiens. Déjà du temps d'Auguste on re-prochait aux peintres, de se servir de mauvaises couleurs qui se dété-rioraient promptement ; et on leur citait, sous ce rapport, comme desmodèles, leschcfs-d’a’mred’Apelle, deMélanthc, de Nicomaque, etd’autres de plusieurs siècles de date. Nous taisons aujourd'hui lemême reproche à nos artistes, en citant, commodes modèles à imiter,les tableaux du Gorrége, de Raphaël, de Rubens , où les couleursse sont conservées, depuis des siècles, a\ ec toute la fraîcheurqui les caractérise. Gela tient à ce que tous ces grands maîtresavaient très-bien compris la nécessité de préparer eux-mêmes leurscouleurs, et que ceux qui ont recours à des mercenaires ou àdes marchands, qui partout ne songent qu’à leur intérêt, sontsûrs d’avoir de mauvaise marchandise. Apelle , Mélanthe, Nico-maque, n’étaient pas seulement de grands peintres dans l’acceptionpropre de ce mot, ils étaient encore instruits dans toutes les connais-sances qui touchent de près ou de loin à leur art. Ce fut ainsi que,près de vingt siècles après, les immortels maîtres des écoles fla-mande et italienne ne dédaignaient pas de fabriquer eux-mêmesleurs couleurs ; exemple qui devrait être imité par tous les artistesde notre époque.

Cicéron , en parlant de l’école grecque, dit qu’on ne faisait an-ciennement usage que de quatre couleurs. Parmi les peintres grecs,alors les plus renommés dans l’art de colorer, il cite Zeuxis , Poly-gnote et limante (t) ; Aétion, Nicomaque, Protogène et Apelle .

Pline, qui vivait environ cent cinquante ans après Cicéron ,remarque (pie les quatre couleurs dont se servaient les peintresgrecs étaient le blanc, le noir, et les ocres jaune et rouge (2).Mais il se trompe quand il nomme Apelle comme s’étant servi

(1) Cic. in Brut», seu lie Claris oratoribus, c. wm.

(2) Hist. liai , xxxv, 7.