PREMIERE ETOQL'E. 195
Voici ce procédé tel que nous le décrit Pline lui-méme : « Onallume du feu sous le pot qui contient la résine; la vapeur (ha-litus) s'élève et se condense dans de la laine qu'on étend surl'ouverture du pot oii l’on fait cuire la résine. L’opération étantterminée, on exprime la laine ainsi imprégnée d’huile. C’est cettehuile qu’on appelle pissinon ou pisséléon (l). »
Quelque imparfait que soit ce procédé, il ne laisse pas d’ètrcdigne de nos réflexions. Un pot servait de cornue, et un bouchonde laine de récipient. Combien de tentatives n’a-t-il pas fallu avantde songer à faire communiquer la cornue avec le récipient àl’aide d'un tuyau ou d’un tube, une chose qui nous parait aujour-d'hui la plus simple du monde ! Pourquoi? parce que nous n’avonspas eu la peine de l’inventer.
On préparait cette huile principalement dans le pays de Bruttiumet dans la ville de Colophon en Grèce .
Le résidu était appelé poix ( pix ), ou quelquefois poix de Colo-phon . De là l’origine du nom moderne de colophane appliqué aurésidu de la distillation de l’essence de térébenthine.
La plus estimée de toutes les résines était fournie par les téré-binthes ( terebinthi) de l’Orient (de Syrie et de Chypre ). Là résineprovenant du cèdre, du cyprès, du pin, était moins estimée.« Toute résine, observe Pline, se dissout dans l’huile (résina omnisdissoluitur oleo) (2). »
Le procédé distillatoire que nous venons d’indiquer, et dont Plinene prétend pas le moins du monde être l’inventeur (ce qui en faitremonter la découverte probablement à plus de deux mille ans),rappelle le passage suivant d’Alexandre Aphrodise, déjà signalépar l'illustre Alex, de Humboldt ; On rend, y est-il dit, l'eaude mer potable en la vaporisant dans des vases placés sur lefeu, et en recevant la vapeur condensée sur des couvercles (réci-pients?). Le célèbre commentateur d’Aristote ajoute qu’on peuttraiter de la même manière le vin et d’autres liquides (3).
( 1 ) Pline, xv, 7. Comp. Scribonius Largus , Compos., 40 : Florem picis autemappelle, quod excipitur dum ea coquitur, lana superposita ejus vapori. Compar.Senec., Nat. qnæst., ni, 24 : Facere solemus dracones et miliaria et compluresformas in quibus ære tenui fistulas struimus per declive circumdatas. —c’est àtort que Dutens a voulu entrevoir dans ces paroles la description d’un appareildistillatoire. — Atlien., Deipuos, xi, p. 480. Vitruve , vii, 8.
(2) l’line, XIV, 20 ; xxiv, 6.
(3) Quidquid ex ipsis évaporons in opereulis colligitur. — Vinum et alto.
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