PREMIÈRE ÉPOQUE. 207
serment d’Hippocrate qu’on faisait autrefois prononcer dans toutesles facultés de médecine de l'Europe . C’est probablement ce quiexplique pourquoi l'histoire nous apprend si peu de chose sur lapréparation des poisons chez les anciens. Nous allons ici communi-quer ce qu’ils ont osé en révéler.
Galien , dans son Traité des antidotes, eût que les seuls au-teurs qui aient osé s’étendre sur les poisons, sont Orphée sur-nommé le Théologue (OioÀoyo;), Ilorus, Mendesius le Jeune,Héliodore d’Atliénes, Arate et quelques autres (t). Et, malgré sonobservation, « qu’il est imprudent de traiter des poisons et d’enfaire connaître la composition au vulgaire qui pourrait en proliterpour commettre des crimes, » il ne se fait pas de scrupule d’indiquerune série de substances réputées vénéneuses, et qui sont les mêmesque celles indiquées par Nicandre et Dioscoride .
Aucun des auteurs mentionnés par Galien n’est arrivé jusqu’ànous. Parmi les écrits d’Arate qui nous restent, il ne se trouvepas de traité sur les poisons. Quant à l'auteur, du poème llepî XÎOwv(sur les pierres), il parait tout au plus appartenir aux premiers siè-cles de l’ère chrétienne, époque à laquelle on rencontre une multi-tude d’ouvrages pseudonymes, des traités sur la pierre philosophale,attribués à Platon, à Aristote , etc.
Idée du poème, Ihp'i XiOwv : Théodamas, fds de Priante, ra-conte à Orphée les propriétés des pierres, et surtout leur vertucontre la morsure des serpents venimeux. Il cite la topaze, l'opale,le jaspe, la lépidote, la chrysolithe, l’aimant, le rubis, l'éme-raude, etc. Au milieu de ce récit, le poète intercalle plusieurs anec-dotes concernant la famille de Laomédon et les rois de Troie. Lelangage est en dialecte ionien, imitant assez maladroitement celuid’Homère .
Deux raisons démontrent surtout que l’auteur de ce poème estun pseudonyme : 1° Orphée vivait, selon les traditions mytholo-giques, longtemps avant la guerre de Troie. Il lui aurait donc étéimpossible de parler d’Ulysse, d'Hector , et de tous ces héros de laguerre de Troie, comme le fait notre pseudonyme; 2° le supplicedes magiciens dont parle l’auteur (vers 73-74) ; car, avant le règne deConstantin , il n’existe aucune loi infligeant la peine capitale à ceux