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Exposition du système du monde / par M. le comte Laplace
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DU SYSTÈME DU MONDE. 77

l’adoption d’un système de mesures dont les divisions uniformes seprêtent le plus facilement au calcul, et qui dérivent de la manièrela moins arbitraire, d’une mesure fondamentale indiquée par lanature elle-même. Un peuple qui se donnerait un semblable système,réunirait à l’avantage d’en recueillir les premiers fruits, celui deyoir son exemple suivi par les autres peuples dont il deviendraitainsi le bienfaiteur; car l’empire lent mais irrésistible de la raison,l’emporte, à la longue, sur les jalousies nationales, et surmontetous les obstacles qui s’opposent au bien généralement senti. Telsfurent les motifs qui déterminèrent l’Assemblée constituante , àcharger de cet important objet, l’Académie des Sciences. Le nou-veau système des poids et mesures, est le résultat du travail deses commissaires secondés par le zèle et les lumières de plusieursmembres de la représentation nationale.

L’identité du calcul décimal et de celui des nombres entiers , nelaisse aucun doute sur lesavantages de la division de toutes les espècesde mesures, en parties décimales : il suffit pour s’en convaincre, decomparer les difficultés des multiplications et des divisions com-plexes, avec la facilité des mêmes opérations sur les nombres en-tiers , facilité qui devient plus grande encore au moyen des loga-rithmes dont on peut rendre, par des instrumens simples et peucoûteux, l’usage extrêmement populaire. A la vérité, notre échellearithmétique n’est point divisible par trois et par quatre, deuxdiviseurs que leur simplicité rend très-usuels. L’addition de deuxnouveaux caractères eût suffi pour lui procurer cet avantage; maisun changement aussi considéra le aurait été infailliblement rejetéavec le système de mesures qu’on lui aurait subordonné. D’ailleurs,l’échelle duodécimale a l’inconvénient d’exiger que l’on retienne lesproduits deux à deux des onze premiers nombres ; ce qui surpassel’ordinaire étendue de la mémoire, à laquelle l’échelle décimale estbien proportionnée. Enfin, on aurait perdu l’avantage qui proba-blement a donné naissance à notre arithmétique, celui de faireservir à la numération, les doigts de la main. On ne balança doncpoint à adopter la division décimale; et pour mettre de l’uniformitédans le système entier des mesures, on résolut de les dérivertoutes, d’une même mesure linéaire et de ses diyisions décimales.