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Exposition du système du monde / par M. le comte Laplace
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108 EXPOSITION

de ce système autour de nous , n’est semblablement qu’uneapparence.

Transportons-nous par la pensée, à la surface du soleil, et delà contemplons la terre et les planètes. Tons ces corps nousparaîtront se mouvoir d’occident en orient, et déjà cette identité dedirection est un indice da mouvement de la terre ; mais ce qui ledémontre avec évidence, c’est la loi qui existe entre les temps desrévolutions des planètes, et leurs distances au soleil. Elles circulentautour de lui avec d’autant plus de lenteur, qu’elles en sont pluséloignées ; de manière que les carrés des temps de leurs révolutionssont comme les cubes de leurs moyennes distances à cet astre.Suivant cette loi remarquable, la durée delà révolution de la terresupposée en mouvement autour du soleil, doit être exactementcelle de l’année sidérale. N’est-ce pas une preuve incontestable quela terre se meut comme toutes les planètes, et qu’elle est assujétieaux mêmes lois? D’ailleurs, ne serait-il pas bizarre de supposer leglobe terrestre, à peine sensible vu du soleil, immobile au milieudes planètes en mouvement autour de cet astre qui lui-même seraitemporté avec elles autour de la terre ? La force qui, pour retenir lesplanètes dans leurs orbes respectifs autour du soleil, balance leurforce centrifuge, ne doit-elle pas agir également sur la terre, et nefaut-il pas que la terre oppose à cette action, la même force cen-trifuge ? Ainsi la considération des mouvemens planétaires observésdu soleil, ne laisse aucun doute sur le mouvement réel de la terre.Mais l’observateur placé sur elle, a de plus, une preuve sensiblede ce mouvement, dans le phénomène de l’aberration qui en estune suite nécessaire : c’est ce que nous allons développer.

Sur la fin du dernier siècle, Roëmer observa que les éclipses dessatellites de Jupiter avancent vers les oppositions de cette planète,et retardent vers ses conjonctions ; ce qui lui fit soupçonner que lalumière ne se transmet pas dans le même instant, de ces astres à laterre, et qu’elle emploie un intervalle de temps, sensible, à parcourirle diamètre de l’orbe du soleil. En effet, Jupiter dans ses oppositions,étant plus près de nous, que dans ses conjonctions, d’une quantitéégale à ce diamètre; les éclipses doivent arriver pour nous plutôtdans le premier cas que dans le second, de tout le temps que la