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Exposition du système du monde / par M. le comte Laplace
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166 EXPOSITION

renfermés sous un volume donné ; elle est donc proportionnelle aurapport de la masse au volume. Une substance qui n’aurait point depores, aurait la plus grande densité possible : en lui comparant ladensité des autres corps, on aurait la quantité de matière qu’ilsrenferment. Mais ne connaissant point de substances semblables,nous ne pouvons avoir que les densités relatives des corps. Cesdensités sont en raison des poids sous un même volume, puisqueles poids sont proportionnels aux masses : en prenant ainsi pourunité, la densité d’une substance quelconque, à une températureconstante, par exemple, le maximum de densité de l’eau distillée ;la densité d’un corps sera le rapport de son poids à celui d’un pareilvolume d’eau réduite à son maximum. Ce rapport est ce que l’onnomme pesanteur spécifique.

Tout cela semble supposer que la matière est homogène, et queles corps ne diffèrent que par la figure et la grandeur de leurs poreset de leurs molécules intégrantes. Il est cependant possible qu’il yait des différences essentielles dans la nature même de ces molé-cules; et il ne répugne point au peu de notions que nous avons dela matière, de supposer l’espace céleste plein d’un fluide dénué depores, et cependant tel qu’il n’oppose qu’une résistance insensible,aux mouvemens planétaires. On pourrait ainsi concilier l’inaltéra-bilité de ces mouvemens, prouvée par les phénomènes avecl’opinion de ceux qui regardent le vide comme impossible. Maiscela est indifférent à la mécanique qui ne considère dans les corpsque l’étendue et le mouvement. On peut alors sans craindre aucuneerreur, admettre l’homogénéité des élémens de la matière; pourvuque l’on entende par masses égales, des masses qui, animées devitesses égales et directement contraires, se font équilibre.

Dans la théorie de l’équilibre et du mouvement des corps-, on faitabstraction du nombre et de la figure des pores dont ils sont parsemés.On peut avoir égard à la différence de leurs densités respectives,en les supposant formés de points matériels plus ou moins denses,parfaitement libres dans les fluides, unis entre eux par des droitessans masse, inflexibles dans les corps durs, flexibles et extensiblesdans les corps élastiques et mous. Il est clair que dans ces suppo-sitions, les corps offriraient les apparences qu’ils nous présentent.