Buch 
Exposition du système du monde / par M. le comte Laplace
Entstehung
Seite
209
JPEG-Download
 

DU SYSTÈME DU MONDE. 209

ralentir de siècle en siècle, semblait au contraire, s’accélérer, parla comparaison des observations modernes entre elles ; tandis quele moyen mouvement de Jupiter offrait des phénomènes opposés.Tout cela portait à croire que des causes indépendantes de l’actionde Jupiter et de Saturne , avaient altéré leurs mouvemens. Maisen y réfléchissant davantage, la marche des variations observéesdans les moyens mouvemens de ces deux planètes, me parut sibien d’accord avec celle qui devait résulter de leur attractionmutuelle, que je ne balançai point à rejeter l’hypothèse d’une actionétrangère.

C’est un résultat remarquable de l’action réciproque des planètes,que si l’on n’a égard qu’aux inégalités qui ont de très - longuespériodes, la somme des masses de chaque planète, divisées res-pectivement par les grands axes de leurs orbes considérés commedes ellipses variables, est toujours à très-peu près constante. Delà il suit que les carrés des moyens mouvemens, étant réciproquesaux cubes de ces axes ; si le mouvement de Saturne se ralentit parl’action de Jupiter, celui de Jupiter doit s’accélérer par l’action deSaturne 5 ce qui est conforme à ce que l’on observe. Je voyais deplus que le rapport de ces variations était le même que suivantles observations. En supposant avec Halley, le retardement deSaturne , de 266",g4 pour le premier siècle, à partir de 17005l’accélération correspondante de Jupiter serait de io4",9i , etHalley avait trouvé 106",02 par les observations. Il était donc fortprobable que les variations observées dans les moyens mouvemensde Jupiter et de Saturne , sont un effet de leur action mutuelle5et puisqu’il est certain que cette action ne peut y produire aucunesinégalités, soit constamment croissantes, soit périodiques, maisd’une période indépendante de la configuration de ces planètes,et qu’elle n’y cause que des inégalités relatives à cette configuration;il était naturel de penser qu’il existe dans leur théorie, une inégalitéconsidérable de ce genre, dont la période est fort longue, et d’oùnaissent ces variations.

Les inégalités de cette espèce, quoique très-petites et presqueinsensibles dans les équations différentielles, augmentent considé-rablement par les intégrations, et peuvent acquérir de grandes

27