EXPOSITION
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Buffon est le seul que je connaisse, qui depuis la découverte duvrai système du monde, ait essayé de remonter à l’origine desplanètes et des satellites. Il suppose qu’une comète, en tombant surle soleil, en a chassé un torrent de matière qui s’est réunie auloin, en divers globes plus ou moins grands, et plus ou moinséloignés de cet astre : ces globes devenus par leur refroidissementopaques et solides, sont les planètes et leurs satellites.
Cette hypothèse satisfait au premier des cinq phénomènes précé-dens • car il est clair que tous les corps ainsi formés doivent semouvoir à peu près dans le plan qui passait par le centre du soleil,et par la directioh du torrent de matière qui les a produits : lesquatre autres phénomènes me paraissent inexplicables par son moyen.A la vérité, le mouvement absolu des molécules d’une planète, doitêtre alors dirigé dans le sens du mouvement de son centre degravité ; mais il ne s’ensuit point que le mouvement de rotationde la planète soit dirigé dans le même sens : ainsi, la terre pourraittourner d’orient en occident, et cependant le mouvement absolu dechacune de ses molécules serait dirigé d’occident en orient ; ce quidoit s’appliquer au mouvement de révolution des satellites, dont ladirection, dans l’hypothèse dont il s’agit, n’est pas nécessairementla même que celle du mouvement de projection des planètes.
Un phénomène, non-seulement très-difficile à expliquer danscette hypothèse, mais qui lui est contraire, est le peu d’excentricitédes orbes planétaires. On sait par la théorie des forces centrales,que si un corps mu dans un orbe rentrant autour du soleil, rasela surface de cet astre, il y reviendra constamment à chacune descs révolutions ; d’où il suit que si lés planètes avaient été primiti-vement détachées du soleil, elles le toucheraient à chaque retourvers cet astre, et leurs orbes loin d’être circulaires, seraient fortexcentriques. Il est vrai qu’un torrent de matière, chassé du soleil,ne peut pas être exactement comparé à un globe qui rase sa surface :l’impulsion que les parties de ce torrent, reçoivent les unes desautres , et l’attraction réciproque qu’elles exercent entre elles,peut, en changeant la direction de leurs mouvemens, éloigner leui'spérihélies, du soleil. Mais leurs orbes devraient toujours être fortexcentriques, ou du moins, ils n’auraient pu avoir tous, de petites