HISTOIRK DES BAU.ONS
I 08
veux saisir le tube à oxygène, mais il m’est impossible de leverle bras. Mon esprit était encore très lucide, j’avais les yeux surle baromètre, et je vois l’aiguille passer sur le chiffre de la pres-sion 290, puis 280, qu’elle dépasse. Je veux m’écrier :
« Nous sommes à huit mille mètres !
« Mais ma langue est comme paralysée. Tout à coup, je fermeles yeux, et je tombe inerte, perdant absolument le souvenir.
« Il était environ une heure et demie. — A deux heures huitminutes, je me réveille un moment ; le ballon descendait rapide-ment. J’ai pu couper un sac de lest pour arrêter la vitesse, etécrire sur mon registre de bord les lignes suivantes que je trans-cris :
« Nous descendons; température — 8°; je jette lest; H. 315 ;« nous descendons, Sivel et Crocé encore évanouis au fond de« la nacelle. Descendons très fort. »
« A peine ai-je écrit ces quelques lignes, qu’une sorte de trem-blement me saisit, et je retombe évanoui encore une fois. Jeressentais un vent violent qui indiquait une descente très rapide.Quelques moments après, je me sens secoué par les bras, et jereconnais Crocé qui s’est ranimé.
« Jetez du lest, me dit-il, nous descendons. »
« Mais c’est à peine si je puis ouvrir les yeux, et je n’ai pas vusi Sivel était réveillé. Je me rappelle que Crocé a détaché l’aspi-rateur, qu’il a jeté par-dessus bord, et qu’il a jeté du lest, descouvertures, etc.
« Tout cela est, dans mon souvenir, extrêmement confus;l’impression s’éteint vite, car je retombe dans mon inertie pluscomplètement encore qu’auparavant, et il me semble que jem’endors d’un sommeil éternel.
« Que s’est-il passé? Je suppose que le ballon délesté, imper-méable comme il l’était et très chaud, sera remonté encore unefois dans les hautes régions. — A trois heures quinze minutesenviron, je rouvre les yeux; je me sens étourdi, affaissé, maismon esprit se ranime. — Le ballon descend avec une vitesseeffrayante; la nacelle est balancée avec violence et décrit degrandes oscillations. Je me traîne sur les genoux, et je tire