ACCIDENTS ET CATASTROPHES
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Sivel par le bras ainsi que Crocé. « Sivel ! Crocé ! m’écriai-je,« réveillez-vous ! »
« Mes deux compagnons étaient accroupis dans la nacelle, latête cachée sous leurs manteaux. Je rassemble mes forces etj’essaye de les soulever. Sivel avait la figure noire, les yeuxternes, la bouche béante et remplie de sang. Crocé-Spinelli avaitles yeux fermés et la bouche ensanglantée. — Vous dire ce qui sepassa alors m’est impossible! Je ressentais un vent effroyable debas en haut; nous étions encore à six mille mètres d’altitude; ily avait dans la nacelle deux sacs de lest que j’ai jetés. Bientôt laterre se rapproche ; je veux saisir mon couteau pour couper lacordelette de l’ancre, impossible de le retrouver; j’étais commefou, et je continuais à appeler « Sivel! Sivel! » — Par bonheur,j’ai pu mettre la main sur un couteau, et détacher l’ancre au mo-ment voulu. Le choc à terre est d’une violence extrême; le ballonsemble s’aplatir et je crois qu’il va rester en place, mais le ventest violent et l’entraîne. — L’ancre ne mordait pas, et la nacelleglissait à plat sur les champs. Les corps de mes malheureux amisétaient cahotés çà et là, et je croyais à tout moment qu’ils allaienttomber de la nacelle. — Cependant j’ai pu saisir la corde desoupape, et le ballon n’a pas tardé à se vider, puis à s’éventrercontre un arbre. Il était quatre heures. »
Quelques jours après, la tombe allait se fermer sur ces vail-lants soldats de la science qui, suivant l’expression du présidentde l’Académie des sciences, sont morts « au champ d’honneur! »
Les deux jeunes et courageux aéronautes Lhoste et Mangotdoivent aussi avoir leurs noms inscrits sur la liste des martyrsde la navigation aérienne. Partis de Paris en ballon, le i3 no-vembre 1887, avec un compagnon de voyage qu’ils laissèrent àterre près de Quillebœuf, les deux voyageurs résolurent de tenterencore une fois la traversée de la Manche que Lhoste avait réa-lisée avec succès à plusieurs reprises. Us arrivèrent par grandvent dans les parages de l’île de Wight , mais, ayant perdu toutleur lest, ils durent descendre en mer : le vent soufflait en tem-pête, la mer faisait rage, la pluie tombait à torrent; les deux jeu-nes gens furent submergés presque sous les yeux de l’équipage