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DU THÉÂTRE D’AGRICULTURE.
manière. Destinerés un recoin de terre-à-vigne , légère et vigoureuse , que curieu-sement lerés descliarger de tous empes-cliemens j usques à l’emmenuiser et ré-duire en poudre. Elle sera en lieu arrou-sable, si faire se peut, pour au besoin hu-mecter le jeune plant, et par ce moyenle garder de desseicher : mesme si estesen Languedoc , Provence , ou autres en-droits chauds de ce royaume, cela n’es-tant à craindre en France et provincescirconvoisines. En tel lieu que cela plan-terésvos maillots, dans des rayons ,d’unpied et demi de profondeur, tirés à lignedroicte, equidistans d’un pied. Mais cesera sans les y recourber aucunement,ains tous droicts les y poserés ; loin l’unde l’autre de trois à quatre doigts, lesfaisans resortir hors de terre un quart-de-pied. Avant que les mettre en terreseront roignés tous d’une mesure, d’unpied trois-quarts, peu plus ou moins : etdu vieil bois en sera osté tout ce qu’ima-ginerés pouvoir empescher l’entrée dansle trou de la taravelle, en les replan tans.En creusant les rayons , la terre se rom-pra universellement, sans qu’aucune par-tie endurcie reste entre-deux , dont sansempeschement s’enracineront les mail-lots , moyennant la bonne culture : sanslaquelle aussi ce seroit travailler en vainen cest endroit. La culture sera de houerce nouveau plant trois ou quatre fois du-rant l’esté, et une en hyver, ne souffrantqu’aucune herbe y surcroisse jamais ,l’arrousant ès extrêmes chaleurs, le lieule requerrant. Ne vous souciés de fumerces chevelues , de peur qu’estant con-traint les transplanter en lieu maigre ,elles ne décheussent, avec hazard de lesperdre. A l’arrouser n’est à douter laThéâtre (TAgricuLture , Tome I.
conséquence : parce que quand il pleut,c’est universellement sur toutes sortes deplantes , dont elles s’arrousent, et à celas’accoustument. Mais avec plus d’avan-cement s’accroissent celles qui le moinsendurent la soif : comme ces chevelues-ci, qui n’en sont jamais tourmentées ,ayans l’artifice joinct au naturel. Par telgouvernement, dans une année serontles chevelues capables d’estre replantées,en ce peu de temps ayans acquis des ra-cines à suffisance. Et si tant est que lesvueilliés laisser davantage en terre , n’es-tant en commodité ou volonté de lestransplanter dans tel temps, ainsi lepourrés faire jusques à quatre années :pourveu qu’en chacune les sautelles ouchevelues soient taillées comme vigne jafaicte, ettous-jours profitablement labou-x’ées , à ce que le fonds ne produise au-cune herbe , qui ne pourroit estre quenuisible au nouveau plant. Toutes-foislemeilleur sera de les replanter sur leur se-cond an, ne les laissans en terre plus lon-guement, si ce n’est par contrainte. Enabondance ferés enraciner des maillots,voire en beaucoup plus grand nombrequ’il ne vous faudra de sautelles : afinque venant à les choisir, n’en employésque des mieux qualifiées , sans que soyéscontraint de vous servir d’aucune languis-sante, ne d’autre que de bonne espérance :veu l’utilité de la bonne élection du plant,la perte de le mal choisir, et la facilité dece mesnage. De tel plant ainsi enraciné ,et choisi, ferés des vignes fructifiantesdans peu de temps ; à quoi ceste voie vousaura acheminé , voire le complant auraen ce lieu-là avancé autant, ou peu s’enfaudra, que s’il eust esté planté en cro-cète pour la dernière fois en sa vigne. En
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