22 6
TROISIESME LIEU
Profit de seservir de che-velues, àVè-difice de lavigne.
Autremoyenpour avoirdes cheve-lues.
quoi y a de l’espargne, d’autant que lepeu de terre où les chevelues auront sé-journé , n’aura tant cousté à cultiver pen-dant ce temps-là, que toute la vigne au-roit faict : joinct que le rapport du fondsdestiné à vigne aura ce pendant servi àquelque autre usage , et ce avec plus deprofit, que plus valeureux il sera de na-ture. Al’asseurée reprinse des chevelueset avancement à s’accroistre, est joincteceste notable utilité , que la considéra-tion du replanter , lequel par certainefaculté de nature , apporte très-grandprofit et affranchissement à toutes sortesdéplantés, qui de tel artifice se res-jouis-sent fort. Les jardiniers ainsi le pratiquentheureusement,replantans presques toutesleurs herbes, restans sauvages les autres,ou la plus-part, qui ne sont traictées demesme. Cela treuverés certain, que lavigne composée de plant enraciné, serendra plustost fructueuse , que par mail-lots, et durera longuement en service.
On tient une autre méthode à se pour-veoir de chevelues, ès-environs de Paris et autres lieux. C’est que sans coupperles sarmens du cep, on les enracine, lesrecourbans dans terre où ils les tiennentdeux ou trois ans , jusques à ce que se-vrés de leur mère , sont transplantésailleurs, pour estre convertis en nouvellevigne. Le cep duquel on désire tirer de larace, est margotté, en tout ou en partie )c’est à dire , préparé à donner des mar-gottes ou chevelues. Si c’est en tout, ilest universellement couché dans terre etlà provigné , faisant servir toutes sesbranches et icelles ressortir à l’aer : si enpartie, on se contente d’en prendre uneou plusieurs des mieux nourries, qu’onployc et enfonce dans terre, tant avant
qu’on peut, demeurant la mère à descou-vert. Du bout des sarmens ainsi couchés,sort sur terre deux ou trois oeils , là es-tans justement couppés. On laisse cesmargottes , appellées aussi provins, ainsiaccommodées jusques à trois ans, jdusou moins , comme l’on veut : alors on lescouppe de leur mère-souche, et sans sé-journer on les porte planter en la nou-velle vigne. Quand on les tire de terre,on faict une fosse, deschaussant les ceps :desquels, couppées les margottes , lestronçons restans produisent par-aprèsabondance de raisins, si on laisse la plusgrande partie de la fosse descouverte enrond, à la figure d’un plat-escuelle , pourdonner aer aux nouveaux bourgeons res-sortans des troncs des vieux ceps. Partel ordre vous estes privé d’avoir desvignes estrangères, ne vous pouvant ser-vir d’autres espèces de raisins, que decelles de chés vous ou de vostrevoisinage.
Pour laquelle cause ne vous arrestés àtelle façon de margotter: joinct que c’estsans nécessité que de se donner tant depeine , veu qu’avec beaucoup moins delabeur, s’enracinent les crocètes et mail-lots , comme a esté monstré .
Plus fructueusement se plante la vigne Trois de-en un endroit qu’en l’autre, selon l’ordre gr “. de ,errede la division susdicte : dont le premierlieu est donné à la terre novale , n’ayantjamais esté défrichée : le second, à celleà grains : et le dernier, à la vigne vieille:laquelle si par nécessité convient replan-ter , ce sera à condition d’en arracher siprofondément et universellement les ra-cines des vieux ceps, qu’avec icelles, s’enaille le venin procédant du descliet devieillesse, car faillir en ceci, ce seroit setromper trop évidemment, attendu que