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TROISIESME LIEU
A quoi sertle vieil boislaissé à lacrocète , enla cueillant.
n’ayent porté dufruict, pour avec moinsde hazard planter la vigne : par quelle rai-son nous voudrions-nous servir en cest en-droit , de ces bouts - là de sarment, quin’ont faict aucune preuve de leur valeur?Là ne croissent jamais des raisins , ou s’ily en croist, ce sont des avortons de nulleestime. Des œils les plus approclians duvieil bois sort l’abondance des raisins,dont le nombre et la valeur se restraignentà mesure que les œils se reculent de telendroit : dont c’est se tromper à son es-cient , que de se priver tant soit peu, deces recommandables parties : ce qu’onfaict en recourbant la crocète dans terre -,car d’autant de bons œils qu’on y enterre,desquels nous-nous privons , d’autant demauvais sommes-nous contraints de nousservir par-après, qui sont ceux qui res-sortans à l’aer f ont le f ondement denostrevigne. Les Anciens ont commandé qu’encueillant les crocètes ou maillots, leur soitlaissé du vieil bois : non que cela de soiserve à la fertilité ; mais afin que par-làl’on fust bridé de ne planter que des œilsles plus profitables , lesquels, comme aesté dict, sont tous-jours les plus pro-chains du tronc. Ainsi ce vieil bois y de-meurant, l’on ne peut estre déceu encela, autrement seroit facile d’une longuecrocète en faire par tromperie, deux outrois, contre l’intention de tout bon vi-gneron. Par ceste mesmeraison, l’enterdes ceps est tant prisé , car puis que desœils de sarmens, ne s’en perd en les en-tant que trois ou quatre ; il s’en suit qu’auquatriesme ou cinquiesme, la vigne com-mence à jetter ses fondemens, pour la-quelle cause, ne peut estre que très-fruc-tueuse. Et si bien l’on vueille dire , queplusieurs bonnes vignes ont esté faictes
les crocètes recourbées: la response est,que comme il y a bon et meilleur, meil-leures se treuveroient elles ayans les cro-cetes esté logées droictement,l’expérienceprouvant telles raisons. Comme aussi ,c’est l’expérience qui monstre tous lesjours, la j>artie recourbée se pourrir dansterre , ou du moins y faire très-petit ac-croist : quand en provignant les vieuxceps (ayans esté plantés recourbés) oupar autre occasion les descouvrans jusquesau fondement ; on remarque y défaillirce que du maillot a esté recourbé en plan-tant : ou le treuve-on tant languissant etlasche, que presques demeure-il sans vie :n’ayant produit aucunes racines , ainstoutes s’estre logées au défaut de la re-courbeure en haut (19).
Pour fin de ceste action, dirons qu’enquelque sorte qu’on ouvre en cest en-droit , soit pour planter à la taravelle ouau rayon ouvert, le lieu estant pierreux,les pierres sortans du fonds, seront jet-tées hors de l’œuvre j afin de n’en char-ger le guerest, sur lequel ne les reposera-on nullement : ains sur la terre ferme, àmesure qu’on les tirera , pour de là lestransporter de mesme ès entours de lavigne, pour y servir de cloison , et èstraverses , pour bancs ou colles, la pentede la juèce le requérant. Et après enavoir curieusement applani le parterre,si faict n’a esté devant que planter le nou-veau plant, chevelu ou maillot , serataillé sur terre environ quatre ou cinqdoigts , contenans deux œils ou bour-geons qu’on y laissera pour fondementdes jettons à venir. J’obmettrai à desseintant de mystères antiques et ridiculesqu’on treuve par escrit employés auxvignes nouvelles, comme de tremper dans
Espie.rrerla nouvellevigne.
La tailler.