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TROISIESME LIEU
Etcommint. sera taillée ; assavoir , fort court, et sijustement, qu’en chacune teste ne restequ’un oeil le plus prochain du tronc. Alatroisiesme sera donné au jeune cep, unbourgeon davantage , et seront deux ,dont chacune de ses testes sera chargée ,y comprenant celui attenant au bois dur,nommé par d’aucuns, agassin. Le nom-bre des testes ne se peut prescrire, celadépendant de la suffisance du pied. Com-munément chacun des premiers ans on yen ajouste une dont avient, qu’au boutde quatre ou cinq ans , le cep se treuvechargé d’autant de testes : ce qui facile-ment se faict, moyennant l’exquis labou-rage , qui en fournit le pouvoir. Donne-rés ordre tant que pourrés, que les testesviennent du pied du tige : à ce que pro-fondément fondées, demeurent fermescontre les vents , pour tant mieux sup-porter leur charge. Et commenceant lorsvostre vigne à se façonner, commenceraaussi à vous rembourser de la despence :payant le maniment de la serpe, par lespremiers fruicts qu’elle vous produit, cequi avient communément la troisiesmeannée de son aage. Plusieurs se trompenten cest endroit, préférans l’espargne àl’avancement de leurs vignes, commevoulans asseoir leur plus certain revenu,à les entretenir escharsement. Tout aurebours, qui désire avoir profit de sonvignoble, l’entretienne plustost prodiga-lement que libéralement, sans crainted’excéder en culture ; le fruict, commej’ai dict, procédant delà précédente des-pence. Se donnant garde, de conduirela jeunesse de la vigne avec avarice ,ains appariant ceste espèce de mesnage,avec la nourriture de toute sorte dejeune bestail, avancera la nouvelle vi-
gne par bon traictement, tant qu’il serapossible.
Passés que soient les quatre ou cinq ««»«•
. 1 A A pourl e fruict.
premiers ans, et j a la vigne estant assesbien fortifiée, la saison sera venue de lapréparer à la production des raisins, ac-commodant sacouppe à tel usage, commegouvernant le fruict, puis-que jusquesalors elle n’a esté employée qu’à fortifierle cep. Des oeils ou bourgeons sortent lesraisins, d’où s’ensuit , que tant plus d’œilsy a en un cep, tant plus produit-il defruict. A cela convient aller retenu, crai-gnant de perdre la vigne par surcharge ,icelle se consumant souventes - fois , partrop grand rapport et fertilité ; car nonplus qu’un jeune et vigoureux cheval, nela faut abandonner à sa bonne volonté.
C’est presque l’ordinaire, que le dernieroeil estant au bout de la teste, est celuiqui le plus charge de fruict, comme aucontraire, le premier attenant au troncdu cep , le moins. Pour laquelle cause,compensant telles facultés, trois oeils sontdonnés pour charge à chacune teste derapport : car puis que le premier, dictagassin, ne sert presques de rien, querarement, faut que les deux qui le suiventsatisfacentà nostre intention. Indifférem-ment ne convient tailler ainsi toutes sortes noistrg lesde vignes basses, y ayant aucunes espèces Z;.qui désirent la taille plus longue, comme Z'ïtanuZTe.le musquat et le piquardant, qui ne r "'veulent presque rien produire taillés decourt, et autres races de raisins, que par-ticulièrement chacun remarque par lesprovinces, où est nécessaire s’arrester ,comme à l’article du vin. Ainsi avec leraisonnable rapport, tient-on la vigne enoffice sans l’exposer à l’extrémité du tra-vail : dont bonne et fructifiante se main-