DU THEATRE D’AGRICULTURE.
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mens des treilles : donnant ce terme-là,loisir de les dresser bien à propos sans seprécipiter , dont la vigne , moyennantaussi bonne culture , se rendra très-fructueuse.
Haauttaignet, Ces vignes treillées , appellées ès Ce-vènes de Vivaretz , hautaignes , ainsidictes pour leur hauteur , ont quelqueconformité avec les hautains qu’on voidle long de la rivière de Loire , au paysd’Anjou, en Piedmont , en Italie , etailleurs , hors - mis qu’il n’y a aucunsarbres pour aider à les supporter, ainsseulement du bois mort. Ce n’est le dé-faut du climat qui contraint au pays deVivaretz, à façonner les vignes de tellesorte, ains, comme j’ai dict de l’Italie etdu Piedmont, l’accoustumance invétéréeen est la cause. A quoi peut-on ajousterceste raison , qu’estant ce quartier-là desCévènes , estroit en terroir, et icelui as-sés fertile, mesnageant la faveur du tem-pérament du ciel, le peuple le faict heu-reusement servir à porter blés, vins, etfruicts des arbres : et versAlex, enl’Uzègeprès du Vivaretz, parties du Languedoc ,au lieu du blé, y cueillent du foin, plan-tans leurs vignes treillées dans les prai-ries. Si qu’avec merveille y void-on s’ac-croistre par-ensemble ces divers fruicts :mesme l’olivier et le chastagnier, quoi-quede divers et presque contraire naturel.Les hautaignes sont arrangées par pro-portionnés intervalles, comme en lignesparalelles, pour donner lieu au blé ou aufoin, et aux arbres de s’accroistre entreelles. La distance de l’une à l’autre n’estlimitée à certaine mesure , accordantnéantmoins tout bon mesnager, que tantplus grande elle est, tant mieux à leuraise et plus abondamment les fruicts deThéâtre d’Agriculture , Tome I.
Vigne hauteou arbuttiee.
ces trois genres y parcroissent. Tant y a,que la largeur de dix à douze toises del’une à l’autre treille , sera raisonnablepour satisfaire en cest endroit à l’inten-tion de ceux qui ainsi désirent disposerpartie de leur terroir. A quoi ne se doit-onnullement affectionner, si sur les lieux,ou près de là, l’on n’a bonne provisionde bois de couppe pour le soustenementde telles vignes, qui en consument plusque nulles autres : car d’en aller cercherloin avec de l’argent, neseroit ni agréableni profitable mesnage. Le bois, aprèsavoir servi à la vigne le terme de duréeque nature lui aura donné, selon son es-pèce, ci-devant représentée , est envoyéau feu, quand osté de la vigne, en saplace en est surrogé de nouveau.
A bonne raison appelle-on , haute ,la vigne arbustive ou branchée et jettéesur les arbres , puis qu’elle est plus es le-vée que les autres. Et si bien l’on com-munique ce nom à quelques treillées, c’estpour la différence qu’il y a d’elles, auxbasses , eschalassées, et à lignolot. Tellevigne est inventée pour la maturité desraisins, s’accommodant au pays : car auplus froid pays de vigne, les raisins neveulent meurir près de terre, pour sagrande humidité , mesme en l’arrière-saison de l’automne, devant laquelle com-munément ne vendange-on en ces quar-tiers-là , pour la tardité du climat : par-quoi est-on contraint à les esloigner, eneslevant les ceps. Au contraire des payschauds, où pour le bien de leurs ven-danges , approchent les raisins de terre leplus qu’ils peuvent, avec grande utilité,se servans de la réverbération du soleilcontre le fonds.
Ceste vigne arbustive se plante de sau- Comment la
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