DU THEATRE D’AGRICULTURE.
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amères des arbres (33) : ne les rameauxde la vigne, sous les grands ombrages desarbres, par trop touffus et mal-sains, tantest-elle noble, ne pouvant souffrir aucunesvicieuses qualités, soit dedans, soit de-hors la terre. Ces choses semblent diffi-ciles à rencontrer en mesme arbre; toutes-lois par curieuse recerche, en approche-on de bien près ; Dieu ayant pourveu àtoutes nos nécessités. Les Antiques sesont en cest endroit servis des ormes ,chesnes, fresnes , charmes , obiers, cor-noalliers , érables : des saules et tremblesen lieux humides. Aujourd’hui on y em-ployé le cerisier, à quoi s’appropriantcomme l’on désire par la facilité de sacouppe , et n’avoir les racines des-agréa-bles à la vigne , est tenu des plus suffi-sans en ce service : ainsi qu’heureusementse pratique au pays hault du Dauphiné,vers Grenoble ; ou pour le support de lavigne, le cerisier est en réputation. LesItaliens ont une espèce d’arbre appellé ,opio (34), qu’ils estiment surpasser tousautres pour le support de la vigne : aprèslequel font le plus d’estat du fresne ; ainsitiennent-ils ces deux arbres-là, les meil-leurs pour ce service. S’estans à la longueprins garde, que les ormes, quoi-que lespremiers en quartier, sont importuns à lavigne, pour leur trop abondante quantitéde racines et de brancheage.
CHAPITRE V.
Enter la Vigne, la diversifier, la pré-server d’injure, la guérir de sesmaladies.
L’enter de la vigne est partie de cemesnage, nullement nécessaire ; toutes-fois utile ; mais beaucoup plus curieuse.D’estre nécessaire ne se peut dire, puis-que les sarmens de la vigne, d’eux-mesmes,sans moyen , prennent promptement ra-cine, fichés dans terre : au défaut de la-quelle facilité , l’enter est inventé, du-quel seulement on se sert ès plantes dontles branches pour leur petite mouelle ,sont incapables de prendre racine. Car siindifféremment tous arbres prenoient debranche , qui seroit celui qui voudroitprendre la peine d’enter ? Par branches’édifient aisément les arbres ay ans grandemouelle , sans autre mystère, que de lesf ourrer dans terre, comme se pratique èscoudriers, figuiers , coigniers et sembla-bles : tous lesquels arbres, la vigne sur-passant en grandeur de mouelle, aussi lessurpasse-elle en promptitude et facilité dereprinse ; d’où procède l’abondance desvignobles, qui se voient presques par tousles lieux favorisés du ciel : et ne seroittelle , si on estoit contraint édifier lavigne par le seul bénéfice de l’enter.
L’utilité d’enter la vigne est, que parlà, les ceps de mauvaise nature ou de peude rapport qu’ils sont, deviennent danspeu de temps en bonne et fertile race ;sans se donner peine d’user de change-ment de plantes : en quoi y a de la Ion-
West chosenécessaireiTenter lavigne.
Utile :Mais bien