DU THÉÂTRE D’AGRICULTURE.
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tans de la libéralité de Nature , ententdes pommiers, poiriers , pruniers, surtroncs de clious, sur des chesneaux, or-meaux, branches de saux et semblablesdrogueries du tout discordantes des fruic-tiers; dont, comment qu’on puisse faire,ne peut-on tirer contentement, s’y per-dans et peine et espérance. Et quandbien en sortiroient des fruicts , pourl’insuffisance de tels sujets, autre nour-riture qu’extravagante ne leur pouvantestre donnée, ils se treuveroient de sa-veur fade et des-agréable, ou possible demaligne et pernicieuse. Toute l’utilitéqu’on pourvoit tirer de tels meslinges ,s’arreste au plaisir de l’oeil, admirant lasingularité de voir des fruicts mons-i,es arbra trueux et inusités. Se trompent aussiTeJcr^’t ceux qui entent les arbres, puis les plan-jlT' er à la tent, faisans ces deux choses presques àla fois, pour la sur-charge de ces actions-là 5 n’estant esmerveillable, si les arbresse perdent à telle cause , ou du moins,s’ils languissent avec peu d’advancement.Donques , estans les arbres assés travail-lés de l’une d’icelles, pour la premièreannée l’on se contentera du seul planter,afin qu’en la seconde, bien reprins et for-tifiés , commodément l’on les puisse gref-fer, avec espérance de bien fructifier:cela s’entend de l’enteure en coin, nonde celles de l’escusson et canon. Avis sa-lutaire à celui qui désire avoir de bonsfruicts, à ce que sans s’amuser aux vaineset inutiles curiosités, il s’arreste aux ad-dresses susdictes et suivantes , procédansde la raison et de l’expérience (i23).
CHAPITRE XXII.
Enter en Fente on au Coin : et enpetite Coronne, c’est entre l’escorceet le bois.
La plus requise observation en cestepartie de mesnage , est la recerche debons fruicts, dont chacun désire se pour-veoir : mais là gist la difficulté, que sou-vent les fruicts ne viennent tels en nostrelieu, qu’en celui d’où en avons tiré lesgreffes, à cause de la différence de cli-mats. Pour lequel obstacle, pourtant, nelaisserons d’édifier des arbres des plusexquises races que pourrons recouvrer(bien-que ne soyons asseurés de leurfécondité ) , à ce que ne soyons du toutprivés de fruicts précieux : mais sous cestecondition, que ce sera en petit nombrequ’en planterons, tenans lieu d’acces-soire au verger ; réservant le principalpour les arbres portans abondance defruicts de passable bonté : car il vautmieux en recueillir grande quantité detels , que trop peu de singulière délica-tesse. Quelques-fois les arbres estran-gers consentent de vivre parmi nous, avecprofit, contre plusieurs raisons natu-relles apparentes : lesquelles estans des-menties par l’expérience, nous incitentde nous pourveoir de races de fruicts ex-cellens, ès nations estrangères. Ainsi dèslong temps s’est pratiqué en ce royaume,où des Indes, de la Grèce , de l’Italie , etd’autres pays lointains a-on apporté desraces de divers arbres avec bon succès ,pour les beaux fruicts qui s’en voyent en
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