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Tome I. IIe. Partie.
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DU THÉÂTRE DAGRICULTURE. 483

voir fait dissoudre , il se précipiteroit au fonddu tonneau et serait sans effet.

Ceux qui préféreront davoir un vin de grainsfermenté dans un tonneau couché , commence-ront toujours par le mettre debout et le défon-cer , pour introduire la farine et leau jusquaubondon ; ensuite , ils le refonceront, le couche-ront sur le chantier, et le rempliront par lori-fice de la bonde : les matières y fermenteront,et ils attendront aussi que la liqueur soit de-venue claire et calme pour la tirer.

A la fermentation calmée , succède la sépa-ration des fèces , du son et des parties hétéro-gènes ; mais quand le vin de grains reste troubleet épais, on le clarifie. On prend , à cet effet,une once ( trois décagrammes ) de colle de pois-son; on la fait bouillir dans une pinte (un litre)deau ; on en obtient , quand elle est refroi-die , une gelée épaisse. On tire deux ou troispintes (deux ou trois litres) de liqueur, dans la-quelle on met cette gelée, quon fouette fort avecun petit balai ; on jette cette gelée en moussedans le tonneau : le vin se clarifie dans lespacede peu de jours. Sil reste trouble ou épais aprèshuit jours , on le soutire dans létat il est, eton recommence cette opération , dans le ton-neau il est transvasé , en doublant la dose decolle de poisson , et ajoutant une pincée de selcommun en poudre.

A la campagne , lon nest pas à portéede se procurer de la colle de poisson , on em-ployé , par tonneau , une demi - douzaine deblancs dœufs, bien frais , quon fait moussercomme une crème, dans de leau de puits. Onverse cette mousse dans le tonneau , en lagi-tant en tout sens : cest un filtre qui rassembleégalement, comme dans un filet , les partiesvisqueuses de la liqueur. On employé une dou-zaine de blancs dœufs , quand le mucilage ducorps que lon veut clarifier est rebelle. En chan-geant la liqueur de tonneau et la séparant de lalie , réitérant lopération de la coller, et lui lais-sant le repos nécessaire , après lavoir brasséedans le tonneau , la masse du vin reste nette ,claire et transparente.

Le sédiment de plusieurs tonneaux de vin degrains étant recueilli dans un seul, on le laissereposer : la masse se partage en deux parties

égales ; celle qui surnage est liquide , elle peutsemployer comme ferment ; celle du fond, quiest le marc, semploye pour engraisserles vaches,les cochons , etc. Rien nest perdu : ces nourri-tures fermentées sont extrêmement profitables àtous les bestiaux. Il faudrait faire aigrir exprèstous les farineux quon leur donne ; mais cestun avantage de ne les leur servir quaprès quelhomme en a déjà extrait pour lui le plus spi-ritueux.

Cette méthode, bien suivie, convertira la farineen un vin dont la qualité vaudra celle des vinsde raisin des petits crus , et sera à bien meil-leur compte. Lhabitant des campagnes peut, dela substance du grain , se faire ainsi , chez lui,sans beaucoup dembarras , une boisson vineuse,qui ne lui reviendra quà un sou , ou dix-huitdeniers (cinq à huit centimes) la pinte ( le litre).La manipulation , qui entre pour beaucoup dansle prix des objets fabriqués , et qui lui employe-roit un temps si précieux pour ses travauxagraires , ne pourra le distraire ici de ses occu-pations. Sa femme avec ses enfans, guidés lapremière fois seulement, pourront être occupésensuite seuls , à cette vinification , et la soigne-ront dautant mieux , quils y seront intéresséspersonnellement.

Ce même vin de grains est susceptible de dou-bler de qualité. Il y a deux moyens daugmenterson principe spiritueux. Le premier est une ad-dition de huit pintes ( huit litres ) deau-de-viepar muid (deux hectolitres ) ; mais pour quelleréussisse , il faut lincorporer dans la liqueurséparée de sa lie , et la mêler dans le liquide àfur et à mesure quon le transvasera. Ce secoursa linconvénient de la cherté. Lautre moyen estcelui de la concentration par la gelée : en ex-posant un tonneau de vin à la gelée , quand lethermomètre est au - dessous de huit à dix de-grés de zéro , leau superflue contenue dans cevin , deviendra de la glace, tandis que la par-tie essentielle du vin ne se gèlera pas. Cest laméthode générale ; mais il faut remarquer quellene réussit, pour le vin de grains , que lorsque lagelée est modérée. Alors , il ny a que le tiersou le quart de leau superflue qui gèle dansune nuit ; mais si le froid est excessif, commedans lhiver de 1788 à 1789, le mieux est, après

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