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Tome I. IIe. Partie.
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TROISIESME LIEU

quelques heures dune congélation modérée, detirer le vin qui se trouve retiré au centre ; car ilne sagit pas de retirer lesprit seul du vin, maisde le priver de la surabondance de leau , et dese procurer un vin de grains auquel on donne,par le rapprochement des parties , le degré des-prit dun vin ordinaire, sans que cette réductionle fasse monter au-dessus de trois sous (quinzecentimes) la pinte (le litre).

Assurément, ce vin artificiel ne seroit pointune ressource économique , dans une année da-bondance de vin ; mais il est des positionslon en manque tout-à-fait , et lon ne saitque faire des grains surabondans , ou gâtés , ougermés. Alors , on seroit fort heureux de pou-voir fabriquer, avec ces grains quon ne vend pas,une boisson vineuse, qui revient, tout au plus,à deux sous six deniers ( dix à treize centimes )la pinte (le litre) , et qui laisse encore à lusagedu bétail de la ferme, le résidu des grains quona convertis en liqueur.

Jai communiqué, dans le temps , le procédéquon vient de lire , à un de mes amis , dont lespossessions placées dans lintérieur de la France ,loin des chemins, loin des canaux,lexposoient,quoique très-fertiles , à mourir de faim et desoif à côté de ses tas de gerbes. Je lexhortai àbien étudier, en même temps, dans les meil-leurs chimistes, ce qui neut concerner la fer-mentation vineuse. Il avoit bien songé à faire dela bière ; mais il avoit été effrayé de tout lap-pareil quexigent successivement la touraille ,les touraillons , les premier et second métiers ,la guilloire, et le reste du technique de nos bras-seurs. Ilfuttrès-étonnédapprendrequela farineseule , brassée et fermentée , pouvoit, avec unpeu de tartre , donner une boisson plus suppor-table que les vins de nos environs de Paris . Il fitplusieurs essais ; et, comme nous dit Lafontaine,dans une autre matière :

Dabord , il sy prit mal, puis un peu mieux , puis bien ;

Puis enfin , il ny manqua rien.

En dernière analyse , cet ami ma remercié duservice éminent que mon conseil lui a rendu:ses récoltes considérables , qui étoient sans va-leur dans ses gerbiers ou dans ses granges, con-verties en liqueurs vineuses , lont forcé de se

faire des celliers et des caves , et leurs résidus ontservi à engraisser les animaux qui en exportentles produits. Lorsque le vin est abondant, oulorsquil peut avoir du cidre, il ne fait pas du vinde grains, pour le consommer en boisson ; il pré-fère alors den tirer de lalcool , ou du vinaigre.

Il convient de parler ici des boissons extrê-mement simples, dont se sert le paysan Russe ,et quil a la facilité de préparer lui - même. Onne peut quêtre très-frappé de ce quobserve , àcet égard , lauteur Anglois de VHistoire desGouvernemens du Nord.

Les équipages Russes sont beaucoup moinsattaqués du scorbut que ceux des vaisseaux desautres nations de lEurope . Cet avantage a parusi important, à cet auteur, quil a cru à proposden expliquer les causes. Depuis long-tempstous ceux qui sejnbarquent , boivent une li-queur appelée kouas , mitoyenne entre le moûtet la petite bière. Pour faire cette liqueur, ilsprennent une certaine quantité de drêche et defarine de seigle , quils pétrissent, et dont ilsforment des petits pains quils cuisent au four;ils y versent ensuite, au besoin, une quantitéconvenable deau chaude , qui fermente très-vite; et, dans lespace de vingt-quatre heures ,la boisson est préparée : cest une petite liqueurvive et acidulé, quils trouvent fort bonne, et quinest pas désagréable , même pour les étrangers.

La composition de ce biscuit à bière peut êtreperfectionnée : elle rendroit un grand servicenon seulement dans la marine , dans les troupesde terre , etc. ; mais elle pourroit être aussi fortutile dans les campagnes. Nous avons des mon-tagnes dont les habitans sont forcés de préparerleur pain , et souvent plusieurs mois davance ,pour la saison des neiges : ils seroient fort heu-reux davoir, parle même moyen, de quoi man-ger et de quoi boire.

Ce nest pas par un résultat de connoissanceschimiques que les Russes se sont préservés duscorbut. Ils vouloient avoir une boisson acidulé.Pour quelle se gardât long-temps, et quelle fûtmoins embarrassante , ils imaginèrent de formerdes pains durs avec les matières qui composentla bière ; et cet expédient leur ayant procuréune boisson acide très-abondante , il en est ré-sulté lheureux effet dont je viens de parler.